Psychose sécuritaire à Calais: photos de vélos interdites!

 

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Hôpital de Calais

En matière de politique sécuritaire, Calais a une longueur d’avance sur beaucoup d’autres villes en France. Car la prolongation de l’État d’urgence, qui donne des pouvoirs accrus aux services de police, y est venue augmenter d’un cran l’atmosphère déjà ultra tendue résultant de la politique mise en place autour de la présence des migrants.

Entrée du Tunnel, zone de logistique et d’embarquement, zone portuaire, tout est barricadé, entouré de barrières et de barbelés, afin simplement d’empêcher des êtres humains d’aller là où ils veulent. A Calais, dans la morosité commerciale tant décriée, un commerce au moins se porte bien : la vente de barrières. Les bulldozers aussi (destructions d’arbres et d’habitations de fortune). Calais, pourtant l’archétype même du lieu de passage, est devenue « Barrier City ».

Depuis quelque temps, on voit moins de réfugiés en ville, puisque de dispersés qu’ils étaient dans différents squats du centre, ils ont été ensuite parqués dans ce bidonville, cette « Jungle » née autour de l’ancien Centre aéré Jules Ferry, à l’extérieur de la ville.
Le problème, tout aussi prégnant qu’avant, a pu apparaître aux calaisiens comme moins important, puisqu’il n’est plus directement sous leurs yeux, sauf dans les médias.

Les temps que nous vivons nécessitent sans doute plus de vigilance suite aux attentats de 2015. Mais au vu de ce qui va suivre, c’est à se demander si les forces de police, ici, ne sont pas elles-mêmes dans la peur et la psychose qu’elles contribuent pourtant à installer. Calais est sans doute la ville la plus fliquée de France, par rapport à sa population. Il serait d’ailleurs intéressant de connaître le coût réel de tout ce dispositif, qui, quoi qu’on fasse, reste perméable ! Le taux de fourgons au km² est pourtant impressionnant !Cela devrait les rassurer…eh bien, non !!

Deux exemples vécus cette semaine, qui montrent que les libertés individuelles sont bel et bien en question, ce qui n’apparaît pas nécessairement de prime abord.

Mardi 9 février : Interdit de photographier des vélos !

Préparant un article sur les lieux manquant cruellement de stationnement « vélos », je me trouvais au nouvel hôpital de Calais. Politique d’aménagement bizarre, puisque vous pouvez venir à vélo, il y a des pistes cyclables, mais impossible de le garer !!. Constatant que le besoin est réel (des vélos sont accrochés tant bien que mal à l’entrée), je m’apprête à prendre les lieux en photo, sous plusieurs angles lorsque je suis interpelé par une personne (sécurité incendie ? Pompiers?) bientôt suivie de deux autres. Me demandant ce que je faisais, j’ai répondu bien sincèrement que je prenais des photos des vélos situés à l’entrée principale du bâtiment.

Conversation :
-Pourquoi ? C’est interdit de photographier l’hôpital ?
-Vous êtes dans un ERP (entendez Etablissement Recevant du Public) il faut une autorisation…
-Je suis pourtant à l’extérieur. Cela voudrait dire alors que photographier l’hôtel de ville n’est plus possible ?
-Ici c’est un ERP. Renseignez-vous…
Et ils sont repartis. Sans plus d’explications.

CIMG3907
L’objet du délit

Alors ? Nécessaire vigilance ? Excès de zèle ? Abus d’interprétation ? Psychose ? On mesurera la gravité de la menace (une question de vélos!) Merci aux lecteurs de m’éclairer, je n’ai à vrai dire rien trouvé là-dessus, la notion d’ERP n’ayant selon moi rien à voir là-dedans. Mais avec l’Etat d’Urgence, tout est devenu possible, tout est suspect. Quels sont les garde-fous?

Mercredi 10 : Interdit de s’arrêter pour photographier une piste cyclable !

La même mésaventure est arrivée à ma fille qui la relate en ces termes :

Mercredi 10 février je suis passée devant cette piste cyclable pour la prendre en photo et témoigner du summum de l’incohérence… Notez que le sens de la piste est contraire au sens de la route!

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Une camionnette de police s’est alors arrêtée pour me demander ce que je faisais là, car à priori je n’avais pas le droit (??) d’être là. Précisons qu’il s’agit d’une route presque ordinaire de rase campagne (pas de trottoirs, pas de bâtiments, 2km environ, des milliers de véhicules par jour) joignant la ville au Centre Commercial Cité Europe. Quand je leur ai demandé pour quels motifs je ne devais être à cet endroit, les policiers se sont contentés de me répondre « vous n’avez pas à stationner ici ».

« Stationner ici » ou prendre des photos ? Le fait que ces merveilleux grillages installés contre les migrants fassent partie de mes photos les gênait peut-être ? Nous n’avons donc plus le droit de prendre des photos dans la rue, c’est bien cela ?

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Il s’agit en fait d’une sortie éloignée du Tunnel/Manche avec prise en compte du vélo « hors sol »!

Suis-je bête, c’est sûrement parce que je n’ai pas intégré le nouveau mot d’ordre : « tracez votre route et surtout fermez les yeux ! ».

                                                                L.L.

N’importe qui photographie sur le domaine public. C’est une activité anodine. Mais ce qui s’est passé là montre bien que cette société marche sur la tête. Et je refuse de céder à cette diminution de liberté, sous prétexte, comme disent malheureusement trop de gens, que « je n’ai rien à me reprocher ».

On ne sait plus où naît la peur!

La peur gagne ceux-là même qui sont chargés de « rassurer » les citoyens ! Où va-t-on ?
La présence accumulée des migrants n’est un problème que parce que l’État l’a décidé ainsi. Et pour satisfaire qui ? Une Angleterre qui s’est toujours comportée avec dédain vis-à-vis d’une Europe qu’elle quittera peut-être bientôt !!

Les ignobles conditions de vie et de traitement imposées par la France aux migrants de Calais pour d’obscures « raisons d’Etat » minent certainement aussi une bonne partie des forces de l’ordre au plus profond des êtres humains qui les composent. Car ce ne sont pas des criminels qu’ils gardent ou surveillent. Alors, pourquoi?

C’est surréaliste : personne ne voudrait être là : ni les migrants, ni les forces de l’ordre, qui préfèreraient être n’importe où ailleurs !
Sommes-nous encore dans un état de droit lorsque la suspicion est partout et qu’au lieu d’accueillir des gens dans des conditions humaines comme le fait l’Allemagne, on pratique ici la politique de la « Terre brûlée ».

Car après avoir détruit église et mosquée des migrants, le gouvernement (de gauche) français doit faire raser la moitié du camp de Calais. En leur imposant une alternative dont ils ne veulent pas.

Il est bien triste que nos dirigeants ne comprennent pas la mobilité, telle qu’elle s’imposera de plus en plus.

Lire aussi: le n°93 de l’hebdo Le 1

l’article de Michel Danthe, le Temps

Et cette video de Jaz (The World tribe) dont les premieres inscriptions sont:

ici, il y avait un kiosque,

ici, il y avait une bibliothèque

ici, il y avait un abri

ici, il y avait une église

ici, il y avait un café

ici, il y avait une mosquée

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