Entrevue « vélo » en mairie de Calais: des clichés vieux d’il y a 25 ans !

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Il y a  juste trois mois (9 mars), j’ai été reçu par la municipalité de Calais, à sa demande, suite aux différentes pistes de travail abordées dans ce blog. Rien de plus normal, puisque  j’informais moi-même la mairie de mes publications que j’ai toujours voulues critiques mais constructives. Il devait s’agir d’un rendez-vous d’échanges avec le président du Sitac, Philippe Mignonet.

Ce n’est finalement pas P. Mignonet qui m’a reçu, mais sa collaboratrice de cabinet. Sans nouvelles depuis, je crois utile de rendre compte de cet entretien.

Compte-rendu

Un peu déçu, je pensais cependant que nous allions pouvoir échanger utilement  (vélorail, politique cyclable, zones 30, politique « piétons »…) et que la municipalité avait des questions particulières, puisque le cabinet  était demandeur de ce rendez-vous.

Eh bien non !! Dès le début de l’entretien, mon interlocutrice s’est excusée de n’être pas spécialiste de ces questions.

                         On me demande de venir, mais on ne sait quoi me demander!

Quelque peu déstabilisé par la vacuité de la demande, mais pour lancer le débat, j’ai   insisté sur deux points que j’estime positifs: l’installation du Vel’in et la perennité du soutien à Opale Vélo Services, association que j’avais créée en 2007.

Mais lorsque, voulant évoquer plusieurs questions relatives à la mobilité « alternative à la voiture », j’ai logiquement dû déplorer l’abandon de certaines actions ou politiques engagées précédemment, j’ai senti mon interlocutrice sur la défensive: j’étais « un nostalgique de la période d’avant 2008, où « nous » faisions tout bien, etc… » ! sic!

Pour moi hors de propos, bien évidemment! Il y a pourtant des enjeux, notamment: Quelle ville voulons-nous pour demain? mais qui ici ne sont pas perçus.

Florilège de choses entendues:

« Le modèle écolo qui est le vôtre n’est pas le nôtre! » Ça, je le savais, merci. Ce n’était d’ailleurs pas le modèle de la précédente municipalité non plus!  Je croyais néanmoins qu’on pouvait confronter les points de vue… discuter, avoir une influence positive réciproque. D’autant que dans beaucoup de villes, de gauche comme de droite, on a dépassé ce cliché réducteur depuis longtemps, en intégrant une partie du « modèle écolo »! Lille, Dunkerque, Arras, Amiens et même depuis peu Boulogne ou Saint-Omer mettent en place  des politiques qui essaient de valoriser le vélo et la marche en contenant (un peu!) la pression de la voiture ;

« La politique que vous défendez est sans doute une politique vers laquelle il faut tendre, mais les gens ne sont pas prêts! » Dans la plupart des villes attractives, on ne tient plus ce genre de discours. Grave, puisqu’il induit l’absence de rôle pédagogique de la collectivité pour inciter les gens à se déplacer autrement qu’en voiture! Rappelons qu’il y a des enjeux d’urbanité et d’urbanisme, de santé publique, d’environnement. Non, ici, il faut continuer d’attendre le « grand soir » de l’évolution des mentalités sans rien faire…J’avais déjà entendu ça!

Confirmé quelques minutes plus tard: « Comme élus, on a à répondre aux besoins de la population, et ici, c’est la voiture qu’ils veulent! » La boucle était bouclée.

En l’absence de demande claire, j’ai tenté d’aborder d’autres sujets:

Suppression du plateau de traversée piétonne aux 4B

Là aussi, les poncifs ont fusé:

  • Les piétons n’ont pas besoin de 400 m2 pour traverser! c’est ce que j’ai entendu en essayant d’expliquer que l’aménagement bétonné devant les 4B réduisait, en pleine zone 30, l’espace piéton de 400 m2 à …60 m2! La « nature » ayant horreur du vide, réduire l’espace piéton, c’est augmenter automatiquement l’espace-voiture!

Et les vélos?

  • dsc
  • Les doubles-sens cyclables, c’est dangereux!      FAUX!    Si, réclamés pendant des années par les associations cyclistes, ils sont maintenant passés dans le code de la route après des années d’expérimentation, c’est bien que l’accidentologie est très faible ;

 

  • On circule mieux à vélo à Calais qu’à Lille! C’est l’affirmation péremptoire que j’ai entendue alors que je donnais en simple exemple les aménagements cyclables peu coûteux du centre de Lille. Mais sur quoi s’appuie-t-on? Pas sur la pratique, je pense!
  • Enfin, alors que je citais le Conseil Municipal de Jeunes réclamant récemment plus de pistes cyclables, je me suis vu répondre: « Oui, mais ce sont des enfants! » Bref, le vélo, c’est pas une question d’adulte sérieux!

tricycle

Pas d’enjeu de déplacement posé par le vélo dans nos villes. La place du vélo ne serait donc qu’une question enfantine. Mais au moins, à l’Ecole Maternelle, il a toute sa place!

 

Suppression d’arceaux-vélos aux 4B, à la poste etc…

Trois mois après avoir noté la liste, rien n’a changé!

La jeunesse de mon interlocutrice m’avait induit en erreur. Je pensais que, comme c’est le cas pour beaucoup de ceux qui ont été étudiants à Lille, la question du vélo ne lui était pas étrangère. En fait, j’avais l’impression d’entendre des clichés qui se disaient il y a 25 ans et qui n’ont plus cours aujourd’hui! Car à Calais, comme ailleurs, l’utilisation du vélo comme moyen de déplacement progresse dans les esprits et la pratique. Pour des raisons sociales et économiques d’abord, quand on sait qu’à Calais, la population a un taux de motorisation inférieur de 25% à celui des villes de la même taille (chiffres PDU). Le vélo devrait y avoir une meilleure place. Contrairement à ce qu’on entend souvent, Calais n’est pas une ville si différente des autres!!!

Le Vel’in ne constitue pas à lui seul une politique d’incitation au vélo. Les chiffres d’utilisation pourraient être bien meilleurs si les cyclistes bénéficiaient en ville d’une réelle amélioration de leurs conditions de circulation (couloirs cyclables et surtout modération de la circulation: zones 30). Contre-exemple parfait: l’aménagement récent devant l’Ecole de Musique, qui insécurise piétons et cyclistes et favorise, une fois de plus, les automobilistes!! Si l’objectif était que plus personne ne traverse là, c’est réussi. Vous noterez aussi la vitesse des véhicules (zone 30!) et la convivialité du lieu (bruit).

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Avant février: le grand plateau de traversée piétonne qui était certes à refaire, mais pas à supprimer!

Alors? Un entretien décevant, sans suite. Du temps perdu même. Tout le monde ne fait, ne fera pas de vélo. C’est entendu. Mais les cyclistes présents et à venir sont en droit d’exiger qu’on tienne compte de leurs besoins. Ils réclament seulement un peu d’empathie!

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