Brexit: un départ…pour mieux revenir?

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23 juin 2016 : une date historique. Les britanniques sortent de l’Europe. Curieuse époque. Devant le défi des déséquilibres planétaires, l’union des forces et la convergence des objectifs sembleraient plus logiques que le repli sur soi. C’est pourtant ce choix que vient de faire le peuple anglais, qui se considère comme laissé pour compte de la mondialisation…La sensation d’une Europe à deux vitesses.

En France, on aurait sans doute les mêmes résultats, les mêmes fractures : les jeunes contre les vieux, les grandes villes contre la campagne, les inclus contre ceux qui se sentent à l’écart.

Un bien grand saut dans l’inconnu tout de même, un risque pris pour des raisons de politique intérieure !

Un retour en arrière ?

Un retour en arrière, sur une base nationale, peut-il avoir un avenir? Le Royaume-Uni, comme la France, ont dominé le monde un temps par l’immensité de leur empire colonial. Tel n’est plus le cas. Ces deux pays représentaient chacun en 1900 autour de 2,5 % de la population mondiale. L’un comme l’autre n’en représentent plus aujourd’hui que 0,9 % !!!

Qui peut croire que ces désormais « petites » nations pourraient reprendre leur place d’avant ? En fermant l’immigration et les frontières ?

Vote étrange des générations aînées. Elles auront vécu la meilleure période, les 30 glorieuses : du travail à foison, l’ascenseur social, les retraites les plus hautes (même s’il y a d’énormes disparités). Toutes choses d’ores et déjà compromises pour les générations qui suivent, si les modèles ne changent pas.

Un vote qui pourrait faire exploser le « Royaume Uni » :

Ce vote a fait apparaître les motivations opposées des peuples du RU. Les Ecossais et les Nord-Irlandais veulent rester dans l’UE. Avec en ligne de mire l’indépendance de l’Ecosse et la réunification irlandaise. La vieille Angleterre pourrait bien se retrouver seule avec son choix.

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La première ministre d’Ecosse, Nicola Sturgeon

Le Brexit : une bonne chose pour l’Environnement ?

Quarante-trois ans que les Anglais ont un pied dedans et un pied dehors, qu’ils bénéficient des avantages de l’Europe avec le moins possible de contreparties, 43 ans que les autres européens s’ingénient à respecter cette exception britannique !

Avec le Brexit, le détricotage des réglementations environnementales et climatiques européennes de ces dernières années est probable au Royaume-Uni qui, fort de son modèle ultra-libéral, freine des 4 fers les avancées sociales et environnementales : Si l’Europe n’a toujours pas su définir ce qu’est un « perturbateur endocrinien », c’est beaucoup aux anglais qu’elle le doit, soucieux de protéger leur industrie chimique…

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Canterbury, Kent. Le Sud-Est de l’Angleterre a voté OUT à 52%, moins que le Nord.

La poursuite de l’Europe : un vrai cas de conscience.

On ne veut pas de l’Europe ultra libérale. Mais on devine aussi qu’ il faut plus d’Europe pour être à la hauteur des enjeux. Les politiques déplorent l’incapacité européenne à faire face à certaines crises mais lui refusent plus de pouvoir, et surfent sur les nationalismes. Malgré une présence forte dans notre quotidien, l’Europe reste loin des citoyens et sans moyen réel d’action sur les questions stratégiques (défense, immigration, gouvernance, politique étrangère…). Bien pratique pour lui faire porter le chapeau de tout ce qui ne va pas dans nos pays. L’Europe bouc émissaire. Comment s’étonner qu’elle soit ensuite rejetée !

On ment aux citoyens. En leur faisant croire que l’Europe, c’est la juxtaposition des intérêts des nations.

Tant que chaque pays ne la prend que pour un marché, ou pour un guichet et n’y entre que pour faire valoir ses propres intérêts, l’Europe n’existe pas vraiment.

L’Europe doit devenir une Nation. Avec tous les ressorts d’action d’un état puissant. Fédératif. Une identité qui, dans les mentalités, se place peu à peu devant les identités nationales néanmoins respectées. Une identité qui ne peut se créer par la langue, il faut donc que les citoyens se sentent proches les uns des autres sur tous les plans : social, économique, éducatif. Vers l’égalité, et vers le haut. Elle a pourtant déjà beaucoup fait dans ce sens avec les nombreux programmes de développement qui ont permis par exemple au Portugal, à l’Irlande, à la Grèce, de se rapprocher du niveau des états fondateurs.

Et pour les migrants de Calais ?

Par les accords du Touquet (2003), les britanniques avaient réussi à déplacer leur propre frontière sur le territoire français : ce sont les policiers anglais qui y effectuent les derniers contrôles de passage. Mais ces accords sont bilatéraux, non européens. A priori, ni les anglais ni les français ne souhaitent les remettre en cause. Tout au plus on brandit la menace (E. Macron). Comme le dit Philippe Wannesson, dans son blog Passeurs d’Hospitalités :

« On peut imaginer si les négociations se tendaient que le gouvernement français utilise la « menace migratoire » comme monnaie d’échange, mais compte-tenu de l’orientation xénophobe de sa propre politique on imagine mal qu’il fasse de l’amélioration du sort des exilé-e-s un sujet de confrontation.

Rien ne changera pour eux.

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Les côtes anglaises (28km) telles que vues par les migrants, de la plage de Calais, sans pouvoir les atteindre…

Espoir…

Une partie croissante de la jeunesse se définit avant tout comme européenne. Il faut compter sur elle pour changer les choses et l’appuyer. Car les élites, européennes comme nationales parleront de changer, mais ne changeront rien. D’abord parce qu’elles s’auto-suffisent, mais aussi parce que les gouvernements  qui la composent ne le veulent pas vraiment.

Espérons donc que ce choc du Brexit sera l’occasion sinon d’une révolution européenne, au moins d’un aggiornamento politique et démocratique qui donnera envie aux Anglais de revenir. Car leur place n’est pas ailleurs. L’Europe est bancale. Elle doit cesser de donner la même image que cette maison anglaise, bien jolie par ailleurs…

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Canterbury: maison ancienne
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