Long Ma à Calais : 4 jours de féérie…et un point de départ pour piétonniser la ville ?

L’esprit de Long Ma, le cheval-dragon, s’est répandu pendant quatre jours dans les rues de Calais. Un spectacle de rue unique en Europe, qui a été bien plus que ça. Des moments de joie et d’émotion partagés par toute une population qui s’est réapproprié sa ville, à pied, à vélo, et le nez en l’air. Une éclaircie collective salutaire sur le fond mais aussi sur la forme, dans un quotidien fait de difficultés économiques et structurelles. Un quotidien habituel fait aussi d’individualisme, de vitesse, de pollution et de bruit de la circulation où les habitants deviennent CENTRE-i-fuges !

 A propos de partage, je me suis étonné de voir très, très peu de migrants (ils sont toujours là, même si on en parle moins) dans les rues pour profiter de cet évènement. Il semble que, sans être interdite, la circulation du camp vers la ville n’ait pas été pour le moins… facilitée, obligeant à franchir des barrages CRS sur les accès principaux, ou à faire des détours importants pour les éviter. Mais ce qui est déplorable, c’est que rien n’ait été officiellement organisé pour que les réfugiés soient invités à se mêler à la fête populaire…afin qu’ils gardent peut-être une image finalement meilleure de Calais. Les seules initiatives louables ont été individuelles (des familles ont emmené des enfants profiter du spectacle) Les autorités ont préféré faire comme si la ville était « comme avant ». Résultat : la plupart des enfants du camp, dans la galère depuis qu’ils ont quitté leur pays, n’ont pas eu droit à cette émotion saine, née de la féérie et de la communion avec les autres. Ils auraient pu avoir les larmes aux yeux pour une fois sans la souffrance…Encore une belle occasion de noblesse manquée !

Trois partenaires privilégiés

Ce spectacle est né de la collaboration de trois acteurs principaux :

  • La Machine, une compagnie de théâtre de rue née en 1999, implantée à Nantes et à Toulouse et dirigée par François Delarozière. Des artistes, techniciens et décorateurs construisant des objets de spectacles atypiques. Aujourd’hui de nombreux projets aussi bien dans le domaine de l’aménagement urbain (Le grand éléphant des machines de l’île à Nantes) que celui du spectacle de rue (Long Ma Jing Shen – L’esprit du cheval-dragon) ; au cœur de la démarche artistique de la compagnie La Machine, le mouvement est interprété comme un langage, comme source d’émotion.
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Nantes: l’éléphant de « La Machine »

 

À travers chacune de ces architectures vivantes, il est question de rêver les villes de demain et de transformer ainsi le regard que nous portons sur nos cités.

  • Le Channel, Scène Nationale de Calais, dirigé depuis 1991 par Francis Peduzzi, est installé dans les anciens abattoirs de la ville, dont la réhabilitation lui a été confiée. Depuis sa transformation (2006-2007), le Channel s’affirme comme un lieu de vie artistique avec librairie (Actes Sud), bistrot et restaurant (Les Grandes Tables du Channel). Son activité s’organise autour de rendez-vous éclectiques et réguliers qui convient tous les champs du spectacle vivant contemporain : arts du cirque et de la marionnette, théâtre, danse, concerts…

La collaboration de ces deux acteurs est ancienne, et les rues de Calais ont reçu à plusieurs reprises déjà les machines extraordinaires de François DLR.

  • La ville (et l’agglo) de calais.

Long Ma, l’esprit du Cheval-Dragon

Créé et joué en première à Pékin pour le 50ème anniversaire des relations franco-chinoises en 2014, le cheval-dragon revient accompagné de l’araignée géante à Calais pour une unique représentation en Europe. Ce spectacle de quatre jours a mis en scène deux machines monumentales, l’araignée Kumo et le cheval-dragon Long Ma, des effets spéciaux et un dispositif son pour un orchestre de musiciens classiques.

L’araignée Kumo : 38 tonnes, de 6 à 13 mètres de haut, 1,5 km/h de vitesse de déplacement, est capable de se hisser et de s’accrocher aux bâtiments.

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Le Cheval Dragon Long Ma : 48 tonnes, 12 mètres de haut, 16 mètres de long, 6 km/h de vitesse de déplacement, capable de se cabrer, de galoper et de cracher du feu.

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L’histoire

Depuis le 9ème étage du ciel, Long Ma, créature cosmique mi-cheval mi-dragon, observe les hommes et veille sur eux. Kumo, l’araignée géante, a subtilisé le temple sacré de Long Ma. Dès lors, le cheval-dragon parcourt les mers et les océans à la recherche de son temple disparu. L’araignée géante s’est réfugiée à Calais où elle a déjà séjourné. Elle y a dissimulé le temple. Alerté par son apparition, Long Ma arrive dans la cité avec l’intention de récupérer son temple… Pendant trois jours, Long Ma va arpenter la ville, regardant dans chaque rue et chaque place traversée si l’araignée se trouve là.

Une ville humaine et paisible regagnée par des gens à pied, à vélo, en trottinette…

L’un des objectifs de La Machine est de nous faire réfléchir sur notre ville. L’expérimentation a été réussie. Mais qu’en fera la municipalité ?

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Car au delà de la féérie et de l’émotion suscitées, ce qui a frappé tout le monde, dans cette ville où habituellement la voiture est reine, c’est l’atmosphère naturelle, humaine, conviviale, sereine retrouvée par toute cette population socialement mélangée : pas de voiture, pas de bruit, pas de risque, pas de conflits. Une absence de voitures acceptée. Les gens se sont réappropriés l’espace de leur ville, les vélos qu’on voit peu par ailleurs, et pour cause, sont réapparus par centaines.

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Les irréductibles diront sans doute que l’ acceptation de ces « Journées sans voiture » après la lettre (1998-2007) est due au caractère festif. Mais peut-être que non ; on peut sans doute travailler le besoin de vivre sa ville différemment. Un besoin qui est là, la preuve, mais qui est sous-jacent, pas nécessairement exprimé. Peut-être par dépit de ne rien jamais voir avancer en ce domaine. Voilà un vrai enjeu pour une municipalité.

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Des parkings prêts à devenir des relais dans une politiques coordonnée des moyens de transport

Car les plans mêmes donnés par la ville montrent clairement l’existence de nombreux parkings assez proches dont l’utilisation en parkings relais (ou de dissuasion) reliés au centre par des navettes (il y en a déjà une, mais qui ne remplit pas cette fonction!) pourraient permettre par exemple au moins la piétonnisation de Calais-Nord chaque week-end d’été. Est-ce un sacrilège ou une utopie que d’évoquer cela ?

             « L’utopie, ce n’est pas l’irréalisable, c’est l’irréalisé… » (Théodore Monod)

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De nombreux parkings habituellement sous-utilisés.

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C’est le piéton qui remplit le centre des villes, attiré et par les animations et par la simple envie de profiter des lieux.

La municipalité a-t-elle entrevu ce besoin subliminal des Calaisiens ? Je l’espère. Mais en se positionnant déjà pour fidéliser dans le temps ce type de spectacle comme s’il s’agissait d’une simple commande, elle ne mesure pas le degré de réappropriation de la ville par sa population, ni les enjeux d’urbanisme sous-jacents,  ni la genèse culturelle et populaire que nécessite ce type de rendez-vous.

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