Casque obligatoire à vélo: le cadeau de Noël pour les moins de 12 ans!

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A partir du 22 mars, les enfants de moins de 12 ans vont devoir porter un casque lorsqu’ils feront du vélo, qu’ils soient conducteurs ou passagers, selon le décret publié ce 22 décembre au Journal officiel.

« En circulation, le conducteur et le passager d’un cycle, s’ils sont âgés de moins de 12 ans, doivent être coiffés d’un casque conforme à la réglementation relative aux équipements de protection individuelle. Ce casque doit être attaché », précise le texte du décret, signé par le Premier ministre.

En cas de non respect, le contrevenant (ou plutôt son responsable légal) pourra se voir infliger une amende de 135€

Justifiée pour certains, inutile pour d’autres, cette mesure nous replonge dans le débat presque philosophique récurrent depuis quelques années sur la gestion du risque.

Entendons-nous bien: ce n’est pas pour moi le port du casque qui est en cause, mais l’obligation. Et cette obligation pour les moins de douze ans, ne nous voilons pas la face, est la première étape vers l’obligation pour tous, de porter un casque à vélo.

La puissance publique a une drôle de façon d’appréhender la question du risque. Les piétons et les cyclistes sont les usagers de la rue les plus lents et les plus vulnérables, ils le savent, car ils n’ont pas de protection. Ils ont donc majoritairement pour cette raison un comportement tenant compte de cette réalité. Le risque qu’ils encourent en persistant à se déplacer à vélo ou à pied provient au premier chef de la circulation des autres moyens de transport, éminemment plus rapides et plus lourds (voitures, motos, poids-lourds) donc plus meurtriers en cas de choc.

Le risque de blessure à la tête n’est pourtant pas plus important à vélo qu’à pied ou que dans une voiture, les statistiques sont là pour le dire. Alors, pourquoi focaliser sur les cyclistes ? En 2005, d’après le dossier de presse publié par la Sécurité Routière, le vélo représentait environ 4 % des déplacements, 4 % des blessés et 4 % des tués en France, et la proportion de blessés touchés au crâne était du même ordre quel que soit le mode de déplacement (17 % à vélo, 24 % en voiture, 26 % à pied) source ONISR 2005 sur 8000 victimes). Voir mémoire de l’ADAV.

Alors, à quand le casque pour les piétons ou les passagers d’une voiture ?

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NOUS, motorisés, créons le danger, à VOUS, cyclistes, de vous protéger ! Est-ce la bonne approche?

En rendant obligatoire le port du casque :

  • on adopte une solution de facilité qui fait porter par les seuls usagers les plus faibles  la prévention du risque créé principalement par les autres usagers ;
  • on donne au vélo une image de dangerosité qui n’est pas réelle ;
  • on traite, sans preuve de nécessité, les conséquences de l’insécurité routière et non les causes ;
  • on envoie un mauvais signe aux automobilistes : pourquoi ralentir puisque les cyclistes seraient dorénavant, croit-on, mieux protégés !

En fait, on inflige aux cyclistes la double peine: ils circulent déjà dans un environnement difficile. En plus on veut leur faire porter « le chapeau », pardon, le casque. Cette politique de la double peine à l’encontre des victimes est souvent utilisée: ainsi lors des pics de pollution, comme actuellement, c’est aux victimes (asthmatiques, enfants, personnes agées) ainsi qu’aux sportifs qu’on conseille de rester chez eux, mais surtout pas aux voitures !!!

Au lieu d’obliger à la responsabilité, qui voudrait qu’on prenne bien mieux en compte la sécurité des piétons et des cyclistes par des aménagements forçant les vrais responsables de l’insécurité à réduire leur vitesse (brider les véhicules, aménager des zones 30 et 20, réaliser des pistes cyclables, sanctionner vraiment les abus de stationnement dangereux, punir sévèrement les chauffards etc.) et par une formation accrue.

Toutes ces actions, qui seraient vraiment efficaces, sont malheureusement réalisées au compte-gouttes, tant par l’État que par les collectivités locales. On préfère l’affichage.

Rendre obligatoire le casque est une mesure politiquement correcte qui rassure la conscience collective et individuelle légitime de protection due à l’enfance. Ça n’en fait pas pour autant une mesure nécessaire ni efficace.

On fait dire aux statistiques ce que l’on veut. C’est d’autant plus vrai qu’elles sont souvent absconses, et tirent des généralités à partir de situations pas toujours comparables. Ainsi des conditions dans lesquelles se produisent les accidents : était-ce de jour ? De nuit ? Pleuvait-il ? Etait-ce du vélo déplacement ? Du vélo loisir ? Sportif ? Si ce sont les statistiques d’accidents qui conduisent à imposer la mesure, encore faudrait que celles-ci soient complètes et répertorient la totalité des accidents qui ont lieu. Impossible ! Pourtant, si les accidents sans gravité, donc non déclarés, entraient dans le total, cela diminuerait d’autant la part réelle du risque, voire du risque mortel. Et le ramènerait à un niveau correspondant au risque inhérent à toute activité humaine. Et contrairement aussi à la « perception » répandue, les accidents en ville sont moins graves qu’en zone non urbaine.

En plus de 45 ans de vélo (urbain), j’ai moi-même chuté trois fois dans les dix dernières années: deux fois renversé par une voiture, une fois seul. A aucun de ces événements ma tête n’a touché terre. Et il n’y a pas eu de déclaration.

Appliquer cette mesure ne sera pas facile. Alors, concernant les enfants, pourquoi ne pas en rester à l’incitation au casque, ou à l’obligation comme c’est déjà le cas, pour les activités sportives encadrées ? Chacun doit être libre de son choix.

Rappelons aussi que le casque est très peu utilisé (et non obligatoire) dans les pays très « vélo » comme le Danemark et les Pays-Bas, qui ont pourtant un taux d’accidents plus faible que chez nous, en Grande-Bretagne, ou aux USA. Cela grâce aux aménagements et à l’effet de nombre. Eh oui, contrairement aux affirmations fracassantes et fausses de Michel Cymes sur RTL, plus il y a de cyclistes, moins il y a de risque!!! Tout simplement parce que leur présence en nombre dans le paysage abaisse la vitesse générale…

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L’obligation: un risque réel de voir baisser la pratique du vélo

Si on en arrive à une obligation pour tous, les risques de baisse de la pratique, eux, sont réels ! Est-ce ce que l’on veut ? Comme l’Australie qui, en obligeant au port du casque dès 1991, a fait baisser la pratique du vélo de 30 % en quelques mois. Il a fallu 10 ans pour retrouver le niveau de pratique d’avant la loi. Et l’impact sur les chiffres de l’accidentologie n’est toujours pas avéré.

En Europe, peu de pays se sont engagés dans l’obligation :

  • L’Espagne, qui l’oblige hors des villes. Pas de baisse significative des blessés à la tête.
  • La Slovénie (moins de 14 ans). Pas d’évaluation
  • La Finlande (moins de 15 ans). Pas d’évaluation
  • La Suède, mesure trop récente.

Aussi on peut se demander pourquoi en France, le législateur essaie, de manière récurrente, d’imposer cette contrainte à tous…

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Rue, une petite ville faite pour le vélo…mais qui l’ignore!

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Le beffroi de Rue, construit au XVème siècle, est classé au Patrimoine mondial de l’Unesco

A 9 kms au nord du Crotoy en Baie de Somme, Rue, dans la région naturelle du Marquenterre, est une petite ville picarde de 3218 habitants. Place forte du comté de Ponthieu dès le Moyen-Âge, port de mer autrefois important et prospère , notamment grâce à ses salines, au point d’avoir été entourée de douves et de murailles démontées en 1668, c’est aujourd’hui une bourgade calme, Lire la suite