Anniversaire: 10 ans sans voiture!

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Oui, il y a dix ans cette fin décembre que j’ai décidé de me passer de voiture. Rompre au moins avec le schéma traditionnel, celui de la dépendance absolue, qui consiste à posséder une voiture presque exclusivement pour soi, que l’on utilise en permanence, seul la plupart du temps, ce qui implique que dans une famille, chacun ait la sienne.

Mettre en accord le discours et les actes

Militant et élu écologiste, j’étais aussi interpellé par le devenir de nos villes compte tenu de la place que la voiture y avait pris au détriment du reste depuis ces quarante dernières années. J’avais envie de m’appliquer à moi-même ce changement dans ma vie quotidienne, pour accorder mes actes à mon discours politique. Un pari en somme, l’entreprise était risquée : je voulais me montrer que je pouvais vivre sans voiture dans une ville moyenne comme Calais, sans rien perdre de ma vie professionnelle ou de mes autres activités, même géographiquement éloignées. Une ville où tout est pourtant fait pour que vous ne vous posiez pas ce genre de question.

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Voix du Nord, 25/09/2007. Au bout de six mois, ça intriguait, déjà!

Se passer de voiture, c’est un peu comme arrêter de fumer : on sait que c’est plutôt positif pour la santé, pour la liberté aussi, mais on redoute en même temps les conséquences sur une vie qui deviendrait pense-t-on, plus difficile.

Car pour s’en passer, il faut se convaincre que les inconvénients de la voiture sont plus importants que les bienfaits, et que ces bienfaits se récupéreront autrement. Le problème, c’est qu’on ne voit en général que les bienfaits à posséder une voiture, qui sont individuels et immédiats, alors que les inconvénients sont individuels, collectifs et de plus long terme . Mais listons les :

Les + de la voiture:

  • Sensation d’indépendance : on va où on veut, quand on veut. Le réseau routier étant ce qu’il est, tout lieu est accessible, à tout moment ;
  • Un service de porte à porte ;
  • Une sensation de facilité, de rapidité;
  • Une sensation de sécurité : la voiture offre une carapace qui protège physiquement des intempéries, du danger (croit-on) et des autres ;

Les inconvénients:

  • Le manque d’exercice physique : quand on a une voiture, c’est comme une drogue, on l’utilise même pour les petits déplacements, d’où un risque pour la santé (obésité, coeur)

Pour les enfants, c’est pire : en les conduisant toujours en voiture à l’école, on leur fait croire dès le berceau que la voiture est le seul moyen pour se déplacer, y compris dans la proximité. On leur communique le stress de la circulation, on les empêche d’apprendre les dangers de la rue, ce qui les rend moins autonomes et plus vulnérables, on les prive de connaître leur quartier et d’échanger avec d’autres personnes sur le chemin. Ne faisant pas d’exercice physique le matin, ils sont plus énervés en classe, et moins  réceptifs. C’est prouvé!

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  • L’isolement dans l’espace public : la voiture est une bulle ;
  • Le coût astronomique individuel (5 800€ en 2016), et public (routes, stationnement, pollution et santé etc…)
  • La pollution: la plus petite voiture, c’est 2 tonnes de CO2 rejetés par an dans l’atmosphère;
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Impacts financiers et environnementaux pour un déplacement quotidien de 3km: Effet de serre en kg-équivalent CO2; Energie en litres équiv. pétrole. Source: UFC Que Choisir? Ademe
  • Le gâchis énergétique: une voiture (SUV ou 4×4 souvent), c’est de l’énergie pour déplacer 1,5 tonne, qui sert à transporter seulement une personne de …60kg !!
  • Le temps perdu dans les embouteillages;
  • le stress ;
  • l’accidentologie : la voiture est le mode de déplacement le plus meurtrier, pour les automobilistes et pour les autres ;
  • L’occupation de l’espace : 10 m² en moyenne, en mouvement comme à l’arrêt. Ce problème est insoluble dans le centre des villes. Une voiture, quelle qu’elle soit, reste 95 % du temps à l’arrêt !!!

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  • L’abolition des distances : avec la vitesse, on peut aller plus loin dans le même temps. Les activités humaines, autrefois mélangées et concentrées dans des villes denses qui étaient des lieux d’échange sont aujourd’hui éclatées (dormir ici, travailler là, se distraire ailleurs) sur des territoires bien plus grands et accessibles seulement en voiture ou presque. C’est ainsi que le centre de nos villes se vide et meurt.

                  J’ai donc sauté le pas. Et je ne regrette rien.

Je le répète encore, je ne suis pas contre la voiture. Elle a sa place. C’est quand elle prend toute la place que je ne suis pas d’accord. Le « tout-voiture »est un non-sens. Aussi ai-je continué d’utiliser une voiture de temps en temps, empruntant dans ma famille, ou louant si nécessaire. L’utiliser de manière rationnelle. Et même si c’est encore à la marge dans le monde d’aujourd’hui, les tendances actuelles me donneraient plutôt raison : on possède de moins en moins une voiture pour soi (l’autosolisme), les jeunes achètent moins de voitures que leurs aînés, et le covoiturage a un développement exponentiel.

S’organiser différemment

Ne plus avoir la voiture devant sa porte oblige à organiser sa vie (à peine) différemment. On en revient dès lors à utiliser la voiture pour les choses pour lesquelles elle paraît nécessaire (déménager, transporter du lourd et encombrant, se rendre dans un endroit non desservi par les bus ou le train, ou pour le travail si celui-ci nécessite plusieurs déplacements successifs éloignés)

Si l’on n’utilisait la voiture que lorsqu’elle est vraiment indispensable, tous les problèmes qu’elle crée dans la société ne se poseraient plus avec autant d’acuité.

J’ai imposé ce changement aussi à mes enfants (19 et 15 ans à l’époque) qui, quoique déjà cyclistes comme moi, ont tout de même tiqué en voyant disparaître le taxi facile…Depuis, ils sont plutôt en accord avec cette orientation.

La société actuelle est totalement dépendante de la voiture. En posséder une correspond à la norme. Aussi, je suis sans doute passé pour un écolo fanatique, un original, ou un marginal, un fou ou tout à la fois. Et quand on se rend compte que je suis heureux de ce choix, d’avoir su le faire, et d’avoir somme toute gagné en liberté, on est souvent admiratif. A tort.

Alors, qu’est-ce qui a changé depuis 10 ans? Vélo, marche et bus dans la ville. Questions entendues:

  • Travail et autres activités (j’étais élu, responsable d’association à l’époque):

En ville, 1/4 des trajets en voiture font moins d’1 km. Travaillant à 1,5km de chez moi, ce n’était donc pas insurmontable de faire ce trajet à vélo. Et quand il pleut ? Je suis équipé (sur-tenue imperméable). C’est donc à la portée de tout le monde.

  • Et pour les courses?

On privilégie la proximité, et ça ne coûte pas plus cher. Sacoches pour le vélo, ou sac à dos. Plus de grandes courses rituelles à l’hypermarché où on se marche sur les pieds et où on achète ce dont on n’a pas besoin pour le double de la somme prévue au départ. Les commerces de quartier et les petites supérettes qui renaissent un peu partout sont bien suffisantes. Et on peut quand même aller à l’hyper en bus, les réseaux urbains sont généralement de qualité.

  • Et l’eau ? Comment vous faîtes?

On peut tout de même ramener plusieurs bouteilles dans une sacoche de vélo. On peut aussi boire de l’eau du robinet. A Calais, elle est très bonne !

  • Et pour voyager ?

On est dans l’intermodalité. Tous mes déplacements se font en utilisant un vélo pliant, que j’emporte dans le train, le bus, ou en covoiturage.

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Ne connaissant que la voiture pour se déplacer, beaucoup de gens ignorent l’existence même des autres possibilités, voire en parlent en négatif sans les connaître. Ce changement est l’occasion de découvrir que la France est très bien dotée en réseaux de transports :

  • Le train : le 2ème réseau européen après l’Allemagne, avec près de 30 000km. Le réseau français a été classé en 2015 3ème après la Suisse et la Suède pour la qualité de ses services;
  • Les bus : plus long et moins cher, vous pouvez aller où vous voulez; en ville, ils sont bien pratiques;
  • Le covoiturage : souple et bon marché, je l’utilise maintenant presque autant que le train, pour me rendre à Lille, Paris…
  • Tout ça c’est bien gentil, mais avec des enfants ?

Les emmener à l’école ne prend pas plus de temps à pied ou à vélo qu’en voiture. Pour le reste des déplacements de proximité, c’est la même chose. Aux Pays-Bas, on ne se fait pas une montagne de ces questions : enfants en charrette, ou sur le porte-bagage ! On commence à voir ce type d’attelage dans les grandes villes de France.

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Alors ? Laisser la voiture? Pourquoi pas vous ? Posez-vous la question. Faites le calcul. Et voyez pour vous passer de la 2ème voiture, pour commencer…Le tout est de réfléchir. Il n’y a pas de fatalité, quand on est acteur de ses déplacements, on trouve toujours une solution. Parce qu’il y en a. Faites vôtre ce slogan:

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Une réflexion sur “Anniversaire: 10 ans sans voiture!

  1. Joyeux anniversaire !!! Ce très bon argumentaire devrait être proposé régulièrement par les pouvoirs publics à tous les citadins. On en finirait peut être avec ces pics de pollution mortifères. Quant aux campagnes, si elles sont mal desservies par les transports collectifs, c’est une mesure difficile à prendre. Néanmoins, cela ne devrait pas empêcher les gens d’utiliser le vélo chaque fois que c’est possible, ainsi que d’autres modes de déplacement comme le covoiturage ou la marche à pied…

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