Dunkerque, 21 et 22 septembre 2017: colloque national « La ville autrement, des rues pour tous! »

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« C’était en effet le titre choisi pour ces deux jours de rencontre organisés à la Halle aux Sucres de Dunkerque par « Rue de l’Avenir », une association nationale créée en 1988 qui agit, face à l’occupation abusive de l’espace urbain par les voitures, pour favoriser des mesures permettant que la rue redevienne un espace de « vie ». Les thématiques abordées ces deux jours illustrent cette question centrale.

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Dunkerque, la Halle aux Sucres

Un réseau de bus restructuré et gratuit en 2018

Le réseau de bus de Dunkerque a mal vieilli : du dire même de la société exploitante, il est peu efficace, illisible pour ceux qui ne le connaissent pas, injuste (il dessert mieux les quartiers aisés) et peu fréquenté : seulement 4,9 % des déplacements de l’agglomération. Il n’est en fait utilisé que par les publics « captifs », ceux qui n’ont pas d’autre choix : retraités, scolaires, ménages sans voiture.

Aussi, une double stratégie a été décidée :

  1. la mise en gratuité totale du réseau, les recettes étant faibles (10 % du budget total)
  2. sa refonte complète, accompagnée d’aménagements urbains nécessaires (place de la Gare, piétonnisation de la place Jean-Bart, et  requalification de l’ancienne voie express).
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Simulation: la place Jean-Bart bientôt piétonne  !!

Chantier de la voie express

Cette ancienne pénétrante bien connue des Dunkerquois traversait tout l’Ouest de l’agglomération sur plusieurs kilomètres : ancien canal, il avait été couvert. Une véritable coupure urbaine, puisqu’il n’y avait quasiment pas de liaisons traversantes.

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En visite à vélo sur le chantier

Elle est en cours de requalification en voie urbaine, pour en faire un lieu de circulation, de vie et de liaison entre les quartiers limitrophes. Comme projeté ci-dessous. L’inverse d’avant.

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Il restera 2×2 voies de circulation voitures, certes, mais avec feux et traversées piétonnes. Le canal réapparaît, ainsi qu’une voie bus séparée et une voie verte pour les vélos. Un projet urbain d’envergure.

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la voie express avant

D’autres projets sont concomitants, pour améliorer l’efficacité du réseau de transport, vers un meilleur partage des usages : la fermeture du carrefour jean Bart par une liaison piétonne (oct 2017), et la requalification de la place de la Gare en vraie place.

Les « coupures  urbaines »

Elles sont nombreuses dans nos villes : ponts, passages sous autoroutes, traversées de voies SNCF, barrières etc… sont autant de goulets d’étranglement qui entravent gravement, par absence de prise en compte, les déplacements à pied et à vélo (danger, détours, bruit, pollution…). Des voiries impraticables, et autres coupures surfaciques (zones commerciales, parkings, gares monofaces) complètent ce dispositif. Cela donne des quartiers parfois totalement enclavés (exemple à Calais, les Cailloux).

A Calais, par exemple, ville parcourue de canaux et enserrée par des voies SNCF, on ne compte pas moins de 34 ponts et passages délicats (eau, route, voies sncf)

Pour Frédéric Héran, chercheur en Economie des Transports (Lille1), la tendance à la requalification est mondiale : on cesse de couvrir les autoroutes pour en transformer certaines en boulevards urbains.

On refond les « Plans de Circulation » des années 70 : remises en doubles-sens etc…On repense aux tunnels pour les vélos (qui existaient avant 1940) et on refait des passerelles (1 à 10 m€)

Des villes s’attaquent désormais à ces coupures urbaines : diagnostic, programmation, financement. Comme Strasbourg, depuis 1994, qui prévoit une « magistrale piétonne » ou Grenoble. Ou encore Paris, qui en trois ans, a traité 27 % des 100 coupures relevées. A Lille, sur un pont sans espace disponible, on a installé une passerelle piétons-vélos en encorbellement.

C’est une nouvelle tendance : ne plus contourner les coupures ni les ignorer.

L’exemple de Montreuil (93)

La zone 30 s’étend progressivement sur toute la ville. Pour 2018, 100 % des voies communales seront à 30kmh, et 50 % des voies départementales. La ville passera aussi de 16km de pistes cyclables à 40 !

         La voie est libre :

C’est une autoroute qui a été fermée à la circulation et transformée en espace de vie et d’animation. Un parking en plein centre-ville a subi le même sort : plébiscitée par les habitants, cette opération prévue seulement pour l’été a été prolongée jusqu’en octobre.

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Une évaluation, notamment des modifications d’habitudes et de parcours est réalisée : le partenariat avec une application  pour mobile permet de localiser les vélos. Il y a aussi des compteurs fixes.

Les passerelles

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Dunkerque, passerelle du « Grand Large »

Les passerelles sont un catalyseur, le germe de la qualité de vie de demain.

                            …la passerelle invente des piétons…

…la fréquentation a été multipliée par 5. Comme celle du « Grand large » à Dunkerque, qui relie le musée d’Art Contemporain à la digue de Malo. Le plaisir s’allie à la nécessité. La passerelle est un lien. On pourrait en venir à transformer certains ponts en passerelles, pour…

                                   …passer du « piéton réparé au piéton conquérant ».

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Le musée d’Art Contemporain à gauche, la passerelle se devine au fond à droite

L’imagination au pouvoir ?

Pourquoi vouloir transformer des autoroutes seulement en boulevards urbains et ne pas y introduire habitat, jardins etc…Est-ce seulement la mobilité qui guide l’organisation urbaine ?

CEREMA: Une voirie pour tous.

Il s’agit d’un programme pour retrouver, reconquérir, réparer, partager l’espace-rue. Un programme partenarial pour débattre lors de journées d’échange : 47 ont eu lieu en 2016, ayant réuni 2700 personnes.

Improviser dans la rue ?

Le sociologue allemand Siegfried Kracauer, dans « Rues de Berlin et d’ailleurs » a écrit:

La valeur d’une ville se mesure au nombre de lieux qu’elle réserve à l’improvisation

Les changements de comportement vis-à-vis de la mobilité

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Thierry Pacot, urbaniste et philosophe, donne un éclairage rafraîchissant sur ces problématiques, liées fondamentalement à la manière d’envisager globalement les questions d’éducation : pour lui, s’il n’y a pas de pédagogie dans la ville, c’est une grave erreur. Il regrette par exemple, la disparition des « classes de ville », qui permettaient de connaître la ville sous différents aspects.

Alors que Ecole = skolê, c’est le temps pour rien d’autre que la connaissance de soi, des autres et de la nature, les enfants d’ aujourd’hui,  passent leur temps d’école à tout autre chose…

Freinet et Montessori ne sont pas loin.

Comme Sylvie Banoun, coordinatrice « Marche et Vélo », T. Pacot rappelle que la privatisation des rues et des lieux publics est un grave problème qui gagne du terrain.

La notion de lieu est très importante : pour lui, nous sommes tous « topophiles »

Heidegger : Pour avoir soin, prendre soin des espaces publics, il faut avoir la conscience du lieu.

Les limites :

Notre territoire n’est pas géographique, il se définit d’abord par les limites que nous lui donnons. C’est celui qui nous a vus grandir, que nous aimons, qui fait sens pour nous.

L’être humain est situationnel, relationnel, sensoriel.

Villes 30 (F. Héran)

La vitesse n’a cessé d’augmenter au cours des âges, associée à l’idée de progrès, de libération de la marche et du pédalage. Autrefois, dans nos villes, c’était le tramway le plus rapide (15 kmh). Le premier feu est de 1924 (20 à l’heure). En 1939, on atteint le 40 à l’heure.

En Allemagne, après la guerre, de 1953 à 1957, il n’y eut plus aucune limitation de vitesse. Mais on la rétablit en 1957, devant les dangers constatés. Idem pour les Pays-Bas et l’Italie qui réagissent les premiers à la vitesse et aux accidents. Zone 30 (1974)

Lille.Une seule rue à 30 n’a pas grand sens, c’est la ville entière à 30 qui en a. Objectif de réduire la place de la voiture. Grand plan (octobre 2016) pour réduire le trafic de transit, par des circulations ne permettant plus la traversée (boucles).

En 2020, les villes 30, ce sera 121 communes et 4,4 millions d’h (7%)

La tendance est à la suppression des feux, dont le seul but a toujours été de faire rouler plus vite les voitures, certainement pas de protéger les autres !

Damien Carême, maire de Grande-Synthe

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Il s’attache à démonter le modèle de la voiture, mais en proposant des alternatives, pour une mobilité écologique, sociale et facteur d’aménagement. Marche, vélo, ville 30 sont en voie de réalisation.

Il veut se servir du réseau (gratuit) pour redéfinir la ville, en construisant seulement autour du bus.

Les journées ont été closes par un intéressant débat avec Patrice Vergriete, maire de Dunkerque, et Président de la Communauté Urbaine. Un maire lui aussi résolument tourné vers la transition énergétique et la reconquête de l’espace public par les citoyens…

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Une réflexion sur “Dunkerque, 21 et 22 septembre 2017: colloque national « La ville autrement, des rues pour tous! »

  1. Aucune avancée sur la voie verte depuis trois ans, c’est bien regrettable alors que les crédits pour la réalisation de cet aménagement sont dans le giron de la CUD…
    Le vélo reste le grand oublié du projet DK+ de mobilité…

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