1ères Assises de l’espace public: Montreuil, 17 et 18 octobre 2018

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Montreuil, place de la mairie: un espace convivial par excellence. Photo VBCO

Trente ans cette année que l’association nationale « Rue de l’Avenir » milite pour que la rue soit un lieu de sécurité pour tous, un lieu de vie et de partage. Cet anniversaire a été fêté en collaboration avec le Cerema par deux journées de débats sur la question de l’espace public.

Le partage redéfinit les responsabilités de chacun (Catherine Pilon, adjointe au maire de Montreuil) : « Il faut regarder en face certaines pratiques liées à l’espace public, comme les chiffonniers, l’errance, l’habitat précaire. Les villes récupèrent des fonctions que la Police Nationale n’exerce plus de fait. »

Expérimenter…

Aussi la municipalité de Montreuil définit-elle son action comme « La politique des petits pas. Bouger l’existant est toujours difficile, c’est pourquoi nous utilisons l’expérimentation, qui permet d’apaiser les colères qui peuvent se faire jour. »

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Cet ancien parking de centre-ville, après plusieurs expérimentations piétonnes en été, a été aménagé pour les jeunes.

Compte tenu à la fois des coûts astronomiques du moindre projet de transformation de l’espace public, et d’un monde local en mutation permanente, il semble raisonnable de faire le moins possible d’aménagements définitifs, mais d’aller plutôt vers du modulable ;

Attention toutefois : cette tendance se traduit aujourd’hui dans nombre de villes notamment par la « verdure en gros pots », déplaçable à l’envi, et qui finit par disparaître on ne sait où. Un triste substitut de l’espace vert définitif qui présente pourtant de nombreuses vertus en ville.

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Lille, place C. de Gaulle, l’an dernier. Les pots ont disparu depuis!

Qu’inspire la notion d’espace public ?

Pour Antoine Fleury, géographe, CNRS, c’est avant tout la coprésence de différents types de publics, l’apprentissage de l’altérité et de l’inventivité. Un espace à transformer en « paysage public », qui ne soit pas que ce que l’on regarde.

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L’espace public est une ressource pour les populations fragiles : commerçants nomades, bifins, errance, SDF.

La municipalité de Montreuil, en collaboration avec Emmaüs Alternatives, essaie d’avoir une approche bienveillante des besoins de ces populations comme par l’installation d’armoires personnelles pour les sdf (octobre 2018). Un concept venu du Portugal (Associação Conversa Amiga, ACA)

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photo Emmaüs

La question des femmes dans l’espace public est aussi prégnante, et fait l’objet de nombreuses études. L’espace public a beaucoup été jusqu’ici réalisé par et pour les garçons.

Hauts-lieux et grandes centralités :

Il s’agit de gérer la densité des usages et des intérêts en présence :

  • organiser la diversification des usages ;

  • encadrer, limiter, la pression du PRIVE ;

  • intervenir publiquement au-delà de l’espace public : actions sur le commerce, le patrimoine ;

  • retisser les continuité piétonnes et cyclables (plan piéton de Strasbourg)

  • améliorer la qualité (solidité) des espaces : aménagements, gestion, entretien.

Contrairement à certaines villes où l’espace public se restreint (dispositifs anti-sdf, suppression des bancs, cloisonnement, suppression de passages…) et donc se vide ou se privatise, on défend ici une philosophie d’ouverture de l’espace commun qui tend vers une utilisation partagée, respectueuse, en harmonie, de manière à ce que chacun s’y sente bien et qu’il soit de plus en plus fréquenté.

Dans le péri-urbain

On peut aussi améliorer la qualité des pôles et noeuds, recentrer sur la proximité, qui amène des emplois. Préserver les espaces ouverts, mailler le territoire.

Alfred Peter

Paysagiste et urbaniste installé à Strasbourg et à Lyon, il est très engagé dans l’émergence des villes durables. Sans chercher à imposer un modèle, l’atelier s’appuie sur les désirs exprimés par les gens, et fonctionne de plus en plus horizontalement.

« Le système des mobilités est beaucoup plus résilient qu’on ne le pense ! »

A. Peter retrace les différentes époques urbanistiques qu’il a connues : univers pavillonnaire, apogée de la voiture avec quelques rues piétonnes pour produit dérivé, alibi du « tout-voiture », épidémie de ronds-points, puis les écoquartiers…

Mais l’espace public est d’abord pour lui un lieu de vie (enfants, loisirs) …Il veut son atelier comme un atelier d’ECOLOGIE FESTIVE !

Une des illustrations participatives : ce qu’est devenu l’ancien aéroport de Tempelhof à Berlin

L’enjeu de 2020, ce sera la présence de nature en ville

Mario Bellinzona (Turin)

Médiateur linguistique indépendant, spécialiste de la participation citoyenne.

Il développe des stratégies de participation locale pour une ville durable à Turin. Avec son association

(LAQUP), il milite pour la qualité urbaine et la mobilité durable, et valorise les actions des jeunes agissant en ce sens

.En Italie, ça avance. Il y aura bientôt un nouveau Code de la Route qui devrait intégrer les actions et expérimentations des villes, pour l’instant non obligatoires.

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« L’attente associative est grande car, à cause des médias, l’opinion est focalisée sur le sentiment lié à la micro-criminalité, qui baisse, et ne voit pas la criminalité routière ! »

GAND :

Fietsstraat : les vélos sont prioritaires, les voitures restent derrière. Ce sont des Zones de Basses Emissions

 Redynamiser les centres-villes en agissant sur l’occupation de l’espace public

Firminy (42), 16 000 h

Cette ville de la banlieue de Saint-Etienne a perdu 1/3 de sa population depuis 1975, passant de 25000 à 16000 habitants. Comme beaucoup de villes moyennes, elle est en difficulté : vacance commerciale, voiture omniprésente, centre-ville qui se vide.

En espace urbain serré généralement très occupé par des voitures, il faut multiplier les occasions pour les habitants, de se réapproprier cet espace public.

  • Pique-nique urbain de Firminy

Concept né en suisse en 2002. A Genève, ces occupations conviviales ont lieu dans une rue à chaque changement de saison. A Firminy, il dure du 15 juin au 31 août

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  • La « Rue aux enfants » y est aussi pratiquée

Grenoble

43 des 49 communes de l’agglomération sont devenues des « Villes à 30 kmh »

Les 3 axes de transformation de l’espace public sont :

  • l’accessibilité piétonne : s’arrêter, discuter, s’asseoir. D’ici 2030, 50 % des rues pourraient être fermées à la voiture…

  • le tissu commercial : marchés, activation des façades, priorité piétonne

  • la nature en ville : 25 % de l’espace public est planté en pleine terre

Des villages à vivre

Les villages et petits bourgs, très atteints aussi par la désertification ne manquent pas d’initiatives :

  • épiceries associatives et/ou municipales

  • soin apporté aux cheminements

  • vélo possible pour tous

  • modération de la vitesse motorisée : vers des bourgs à 30 kmh

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SION (Suisse, 35 000h) a redynamisé son centre-ville grâce à une « zone de rencontre à 20 kmh », qui s’est étendue à la demande. La réussite a été telle que des villes voisines ont décidé d’imiter la démarche…

 

 

 

SCHWEIZ
Place du Midi à Sion (KEYSTONE/Gaetan Bally)

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