Le vélo a-t-il vraiment compté dans les élections municipales 2020?

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Depuis des mois et des mois, que l’on soit militant.e dans une association de vélo, qu’on soit élu.e, ou simple citoyen.ne, c’était devenu une évidence: la place du vélo dans nos villes était désormais un sujet incontournable, question d’atmosphère. Après le coup de projecteur donné par le premier « Baromètre des Villes Cyclables » en 2017, fortes aussi d’une augmentation tangible de la pratique du vélo maintenant visible même dans les rues des villes moyennes, et ce, malgré les obstacles, les associations ont mis à profit 2018 et 2019 pour faire avancer leur cause, n’hésitant pas à agiter l’épée de Damoclès « vélo » qui allait planer au-dessus des élections municipales: propositions et actions diverses, concertées ou frontales, médiatisées en tous les cas.

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Action marquage DSC, juillet 2019 – Association Partageons La Rue Calais – Photo VBCO

Car la presse est friande du sujet. A Calais, par exemple, le vélo a fait l’objet de plusieurs papiers réguliers dans les deux journaux locaux, analysant la situation, les propositions associatives et les tentatives d’explication des élus en place: 2018: Voix du Nord: Un plan vélo pour la ville ou en 2019: Voix du Nord: Quelle place pour le vélo en ville?; 2020: Nord-Littoral: Que pensez-vous de la place accordée au vélo à Calais?

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Matériel pédagogique – Asso Partageons La Rue-Calais – photo VBCO

Le vélo s’invite dans la campagne

La prégnance de la question « vélo » s’est encore renforcée début 2020, avec la sortie du Palmarès du Baromètre des Villes cyclables 2019. A l’approche de l’échéance électorale, on ne comptait plus les reportages consacrés au vélo dans les villes,  tant au niveau local que national.  Quelques exemples, pris au hasard du net:

L’Express: Le vélo, nouvel enjeu des élections municipales;

20 Minutes: Municipales 2020 à Nantes : Les candidates roulent pour le vélo

Voix du Nord: Municipales : place du vélo à Calais, les propositions de trois candidats

Youtube: La bio et le vélo au cœur de la campagne des municipales en Limousin

La Provence: Municipales – Vidéo : à Marseille, la campagne se fait à vélo

RTL: Municipales 2020 : le vélo au cœur de toutes les campagnes

On pourrait en trouver des dizaines d’autres dans toutes les régions de France.

Mais pour quel impact réel sur les élections?

On ne se prononcera pas ici sur la validité très discutable de résultats obtenus par le vote de moins de 4 électeurs sur 10. Mais néanmoins:

smiley pouce baisse

En Hauts-de-France, sur les 18 villes de plus de 20 000 habitants les plus mal classées au Baromètre des Villes Cyclables, 13 ont réélu leur maire dès le premier tour ou l’ont mis.e en bonne place pour le second…

Les électeurs-trices qui se sont déplacé.e.s n’ont visiblement pas tenu rigueur aux équipes en place de leur politique cyclable mauvaise ou inexistante. Le vélo n’a pas compté.

En F, 7 élu.e.s sur 13: Beauvais, Béthune, Boulogne-sur-mer, Calais, Lens, Tourcoing, Valenciennes

En G, 3 élus sur 5: Cambrai, Saint-Quentin (ville du Pdt de Région X. Bertrand), Soissons

En ballottage favorable: Abbeville, Maubeuge, Roubaix

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L’opération « séduction » n’aurait donc pas pris?

Quelle analyse?

1-Un décalage entre « vélo dans les médias » et « vélo dans les esprits »? La place du vélo reste secondaire, et concerne encore peu de gens, malgré son image largement moderne et rajeunie depuis vingt ans. Le vélo a sans aucun doute été plus présent dans l’univers médiatique national et local que dans la tête des électeurs qui se sont déplacés pour choisir leur maire.  Un décalage entre l’intérêt de la presse et des politiques pour ce sujet prisé, et sa place réelle dans la société. Certes le vélo n’est pas tout, loin de là. Mais il n’a certainement pas été non plus l’arbitre de ce scrutin. Les titres d’avant les élections aurait pu faire penser le contraire. Il n’en a rien été, malgré tout ce que les associations ont pu mettre en place pendant ces quelques mois, grâce au programme de la FUB, municipales 2020, comme le débat entre candidats organisés par exemple à Calais autour de leurs engagements, mais aussi les « balades politiques » à vélo.

2-Les actions -de com’- de dernière minute auraient-elles suffi? On a tous à l’esprit quelques actions « vélo » souvent sans cohérence ni rattachement à aucune politique globale, mises en place quelques semaines avant les élections par tel ou tel.le maire se rendant compte subitement que le vélo n’avait eu aucune place dans sa politique durant six ans voire plus. Une manière de faire qui a pu séduire celles et ceux qui sont éloigné.e.s de la pratique du vélo: entendant la municipalité s’y intéresser, ils-elles ont pu se dire que les cyclistes n’étaient pas oublié.e.s. Communication réussie…

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Calais: la passerelle Mollien, inaugurée…3 semaines avant le premier tour!                                    Photo #partageonslarue hashtag on twitter

Ainsi, à Calais, une passerelle « grand luxe » est apparue au-dessus du canal, faussement parallèle au pont principal, soi-disant pour sécuriser piétons et cyclistes. La réalité est tout autre: de prioritaires qu’ils étaient sur ce pont étroit, non accidentogène, les cyclistes doivent désormais céder 3 fois leur priorité dans chaque sens! 2,5 millions d’euros pour un aménagement inutile pour les cyclistes qui ne l’utilisent pas, et les met même en danger. Un aménagement non concerté, sans rien avant ni après, et qui prétend effacer 10 ans sans la moindre politique vélo.

3-« OK: On n’a rien fait jusqu’ici, réélisez-nous, maintenant on va faire! » Les promesses d’actions futures ont-elles pu racheter l’absence de politique vélo? « Ces dernières n’engagent que celles et ceux qui les écoutent » pourrait-on redire. Néanmoins, la période électorale incitant au transfert (vol?) et à la perméabilité des programmes, on a pu voir fleurir ici ou là des mea culpa immédiatement suivis de promesses d’actions  copiée chez les challengeurs ou dont la formulation est même parfois mensongère.

4- Défaut de propositions? Les autres candidat.e.s n’avaient peut-être rien de mieux à proposer que les maires sortant.e.s…

A Calais, la maire sortante n’a pas hésité à sortir du chapeau un « Grand Plan Vélo« , sans mesures précises ni phasage évidemment, mais surtout induisant les électeurs en erreur,  sa carte (photo 1) ne différenciait pas les 40 kms d’aménagements existants (photo 2, matérialisés en rouge, dont 35 kms existaient déjà avant son élection en 2008!) des projets futurs, finalement dérisoires voire hypothétiques.

Seule consolation: on pourra suivre la réalisation ou non des engagements pris par les candidat.e.s. Du travail en perspective pour les associations locales.

Alors pourquoi le vélo n’a-t-il pas plus de place dans le choix des électeurs?

Sans doute parce pour la plupart d’entre eux-elles, ce n’est pas un enjeu: ils-elles se plaignent souvent des nuisances de leur ville, mais ne se projettent pas dans ce que celle-ci pourrait être  si la place des différents modes de déplacements était vraiment rééquilibrée. Aujourd’hui, le quotidien des gens, c’est une ville totalement dominée par la voiture, le bruit, le danger et la pollution. Dans une ville où on n’expérimente rien en la matière, ça fait partie du décor, c’est un peu la fatalité, on ne peut pas faire autrement. Le confort de l’automobiliste toujours amélioré, pouvoir stationner n’importe où sans être verbalisé.e, c’est juste la facilité, dans laquelle s’engouffrent beaucoup d’élu.e.s.

Les gens pressentent pourtant que le climat d’une ville change, si les modes de déplacement actifs sont mis en avant: atmosphère apaisée, convivialité, échanges, sociabilité, et au final l’économie y trouve son compte. Nombre d’exemples, en France comme à l’étranger, sont là pour en attester.

Pour que ça change, il faudrait oser, expérimenter, piétonniser par moments. A Calais, on ne part pas de rien: il existe quelques rares grands moments sans voiture dans cette ville qui n’a, rappelons-le, aucune zone piétonne. Ils pourraient servir d’appui, car ils sont plébiscités par la population: événements festifs (fête de la musique, grandes brocantes, défilés, spectacles de rue…).

Interrogés, les habitant.e.s remarquent bien que la ville est plus agréable et plus sûre, que ce serait bien de pouvoir se balader en sécurité avec les enfants sur les nombreux chemins abandonnées de leur ville. Mais c’est ensuite vite oublié…

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Calais, rue Royale, juin 2016: Spectacle de rue Long Ma – Photo VBCO

Il faut aussi une politique globale pour les déplacements, en cohérence avec des actions sur la place de la voiture, faute de quoi tout report modal reste vain. Sans vouloir toucher à la voiture, on se retrouve à dépenser beaucoup plus qu’il ne faudrait, les différentes offres étant juxtaposées et inefficaces au lieu d’être coordonnées. Ainsi en va-t-il de la gratuité des transports en commun (effective à Calais depuis janvier).

Mais non, tout ça n’est pas pour nous!

La maire a dit une fois:  » Vous avez raison, mais les Calaisiens ne sont pas prêts! »…un leitmotiv facile, à courte vue, et surtout faux,  qu’on entend depuis la nuit des temps. Une vraie politique sur les déplacements demande en fait surtout un peu de pédagogie, de vision à long terme, un peu de travail, d’effort pour convaincre. Bref, un objectif, un moteur, une… volonté politique.

3 réflexions sur “Le vélo a-t-il vraiment compté dans les élections municipales 2020?

  1. Constat général sévère mais juste.
    Sur le résultat strictement électoral il n’a rien d’étonnant quand on connait la classe d’âge et le profil social de ceux qui se mobilisent le plus dans les bureaux de vote. L’âge moyen d’un acheteur de voiture neuve était en 2018 de 56 ans…

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    1. Oui, il y a de plus en plus de décalage entre les aspirations des citoyen.ne.s qui se mobilisent pourtant par ailleurs (gilets jaunes, climat…) et la tenue des élections desquelles ils-elles n’attendent visiblement plus rien. Quand on ajoute à cela un climat de peur rédhibitoire pour voter sereinement! Mais tout cela n’inquiète nullement l’Etat, qui valide comme un seul homme un premier tour dans ces conditions.

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  2. Ici à Cognac, même constat sur une grande activité médiatique autour du vélo pendant la campagne et les résultats du 1er tour où le seul candidat qui n’a pas répondu au questionnaire de notre association est arrivé nettement en tête. Il faudra faire avec et continuer les actions dans un autre contexte. Félicitations pour le blog.

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