Vélo en libre-service: interdit à Calais, encouragé à Amiens et ailleurs…

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Calais: station Vel’In du Théâtre – Photo VBCO – avril 2020

Vel’In…ou Vel’Out?

Les suites de ce post en fin de page (17/04). Depuis le 19 mars, les Vel’In  classiques comme les électriques installés juste avant les élections, ont disparu des 48 stations. Sans grande communication. Contacté, le personnel de l’espace clientèle de l’opérateur de transport en commun Calais Opale Bus qui gère le service n’a pas été en mesure d’expliquer pourquoi, invoquant une décision imposée par l’Autorité Organisatrice de la Mobilité (AOM), le Sitac, que j’ai aussi contacté, sans réponse à ce jour. Le site internet est, pour une part en travaux, et pour le reste, ne donne qu’une information lacunaire « Covid19″. Comment faire comprendre en effet,  qu »adapter l’offre de transport » consiste surtout à en supprimer une partie!

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Une station Vel’in en fonctionnement habituel – Photo VBCO

Quelles explications possibles?

En ces temps de crise sanitaire, certaines « autorités » profitent du contexte légitimant l’arbitraire des décisions unilatérales pour s’autoriser des mesures fondamentalement incompréhensibles. Est-ce pour faire croire qu’elles agissent? En tous cas, cela pose clairement un problème démocratique. Et montre bien un manque d’empathie envers les utilisateurs.

En emboîtant le pas de l’État, qui rend en France la pratique du vélo en partie délictuelle, contrairement à d’autres pays qui l’encouragent (Belgique, Allemagne, Etats-Unis…), on peut se demander quel signal les élus du Sitac et de l’agglomération veulent envoyer à la population ?

La mise à l’arrêt du système de VLS (Vélo en Libre Service) calaisien,  abusivement et sans explication attribuée aux mesures de « protection » Covid 19 donne lieu à questions:

Coronavirus ? Les 3 autres systèmes de Vélo en Libre Service de la région Hauts-de-France fonctionnent !

Un peu facile, le coronavirus! Calais est-elle soumise aux mêmes restrictions qu’ailleurs ? Ou …plus qu’ailleurs ? En effet, renseignements pris, j’ai pu constater que les trois autres systèmes de VLS de la région Hauts-de-France : Dk’Vélo à Dunkerque, Velam à Amiens, et le V’Lille fonctionnent normalement, et qu’il n’est pas envisagé de les restreindre. Bien au contraire.

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Lille: une station V’Lille, proche de la citadelle – photo VBCO

A  Amiens,  la fréquentation soutenue des stations Velam des hôpitaux a amené les autorités à offrir un abonnement d’un an aux personnels soignants!

Car il ne serait pas sérieux en effet de prétendre que circuler sur ce type de vélo soit sanitairement plus risqué que de prendre le bus, qui lui, peut circuler…

Alors à Calais? Protéger le personnel? La régulation entre les stations se fait par un seul employé avec son véhicule, il n’a jamais de contact avec personne…

Problème technique ?

Certainement pas. Cela ne se pose que de manière ponctuelle. Et les vélos restent de toutes façons en place.  Si on les a retirés tous, c’est bien pour qu’on ne puisse pas les utiliser, preuve que le système fonctionne.

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Question de coût financier?

La suppression complète a peut-être été le seul moyen de suspendre le coût permanent généré par le système. Car sinon pourquoi avoir retiré la totalité des vélos?  Ne pouvait-on neutraliser le système sans les remiser tous?  Il est vrai que les finances du SITAC peuvent justifier de vouloir restreindre les dépenses: d’abord l’augmentation au taquet du Versement Transport pour financer un TCSP au coût financier et à l’utilité discutables, puis l’extension de l’agglomération, et enfin la gratuité des transports en commun (depuis janvier 2020) sortie d’un chapeau il y a quelques mois, par  mimétisme avec Dunkerque. Il apparaît donc urgent de réduire la voilure, d’autant que les entreprises de plus de 11 salariés qui financent seules la totalité de cette mobilité dans leurs impôts ne jouissent pas à Calais d’une santé économique exceptionnelle, une situation qui risque même de s’aggraver…

Rappelons que le coût d’un VLS, rapporté à chaque vélo, avoisine les 3 000 € de fonctionnement par an.

Au total, une politique incohérente et des signaux négatifs envoyés à la population

Un service peu utilisé, qui peut donc être supprimé ?

On peut aussi se poser cette question, car ce service n’est pas utilisé, au regard de ce que permettrait une vraie politique vélo qui fait actuellement défaut (manque de pistes cyclables, conditions générales de sécurité à vélo déplorables) dans cette ville ouvertement « autophile ».

Les jeunes pénalisés

Les jeunes sont les principaux utilisateurs du Vel’in. On utilise un VLS pour les déplacements de proximité, pas pour faire du sport ou s’amuser!

Or, avec l’arrêt de ce service, c’est bien le vélo « mode de déplacement » qui est visé, alors qu’il est autorisé par le décret du 23 mars 2020! 

A-t-on voulu s’assurer que les jeunes, habituellement supposés « pas sérieux » par certain.e.s, ne puissent utiliser ces vélos pendant le confinement? La question peut être posée.

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La station Velect’in du théâtre n’aura fonctionné que quelques jours…Photo VBCO

Le vélo peu considéré

En fait, l’impression globale que laisse ce nouvel épisode, c’est que le vélo est peu considéré. Il n’est toujours pas important dans certaines têtes. Le vernis des opérations de communication pré-électorales a vite craqué.

La voiture encore et toujours favorisée

En pénalisant de manière arbitraire le vélo comme moyen de déplacement sans raison valable qui ne s’appliquerait pas à la voiture, qu’on voit circuler partout, on signifie une fois de plus que le vélo est facultatif, et surtout que la voiture est le meilleur mode de déplacement, même en ces temps de crise sanitaire, puisque il est de fait le seul à ne pas être réduit.

Globalement, on assiste à Calais à une restriction de liberté  que rien d’avéré du point de vue sanitaire ne justifie et qui est peu pratiquée ailleurs. C’est inquiétant.

Une suite à cet article…

Suite à ce post, la Voix du Nord m’a contacté avec l’intention d’approfondir auprès de l’opérateur les raisons de cette suppression de service. On apprend dans l’article (ici) paru ce 16 avril, que c’est par « incapacité à nettoyer les stations » qu’on a préféré arrêter le service (???) Une « exigence covid 19 » qui ressemble plus à une interprétation qu’à une obligation (sinon ça serait le cas partout!), et de toutes façons d’une nécessité et d’une efficacité non avérée pour plusieurs raisons:

  • Nous sommes dans un secteur géographique pas très touché.
  • Les utilisateurs-trices du service ne sont pas habituellement si nombreux au point que leur succession à un même vélo les mette en danger;
  • Nous sommes en extérieur;

Une station vel’in peut s’apparenter à du mobilier urbain. Or on ne désinfecte pas toutes les barrières ou les bancs qui longent les trottoirs et sur lesquel.le.s les gens s’appuient. Au lieu de supprimer ce service, et du coup de condamner peut-être certain.e.s utilisateurs-trices à prendre le bus « coronaviralement » plus risqué!

On aurait pu aussi simplement installer un distributeur de désinfectant à chaque station, ça n’aurait pas représenté une fortune en investissement.

Une réflexion sur “Vélo en libre-service: interdit à Calais, encouragé à Amiens et ailleurs…

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