Abbeville: à quand le lien entre patrimoine et vélo?

Centre d’Abbeville – photo VBCO

Arrivant par la véloroute Vallée de la Somme depuis Saint-Valery, bien aménagée, on s’attend à ce que la traversée d’Abbeville affiche la même place au vélo. On est déçu. Alors que jusque là le jalonnement était efficace, c’est au passage du « pont chinois », à l’approche de la ville, que tout se complique. A partir de là, deux directions possibles, mais rien ne vous renseigne :

  • vers la droite, le canal de transit, dérivation de la Somme. Je découvrirai ensuite qu’une voie verte (au revêtement rugueux) le suit, faisant partie de la balade « Ronde de l’eau », qui passe un peu à l’écart du centre-ville ;
Canal de transit: la voie verte est située de l’autre côté – photo VBCO
  • droit devant, le bras ancien de la Somme, qui semble la continuité évidente pour entrer dans la ville, qu’il traverse, le chemin de halage se poursuivant ;
Le « Pont Chinois », à la jonction des deux bras de la Somme

Je continue logiquement tout droit. Mais ici plus de véloroute, c’est le simple chemin de halage, et on se retrouve vite en difficulté : après les premières maisons, le pont Ledien, soit vous prenez le chemin de halage qui continue, à l’arrière des maisons, agréable mais étroit, pour finir par une petite passerelle sur la somme qui aboutit sur un parking, soit vous vous retrouvez sur la Chaussée d’Hocquet, non aménagée pour les vélos…

Cette passerelle aboutit sur un…parking. Pas de jalonnement

La prise en compte du vélo s’arrête donc là.

La Somme traverse la ville…photo VBCO

Un centre-ville réaménagé mais où est le vélo?

Comme ce fut le cas pour de nombreuses villes détruites pendant la guerre (Brest, Le Havre, Dunkerque, Calais, Caen…), le centre de la ville a été rebâti dans les années 50 en redessinant des bâtiments espacés, et des avenue larges, l’espace public libéré étant à l’époque entièrement dévolu à la voiture. Un espace public qui a été redéfini il y a quelque temps, par un aménagement de type zones 30 et 20 : réduction des espaces de circulation motorisée, et piétonnisation du reste, sans oublier bien sûr, l’indispensable stationnement.

Place centrale et hôtel de ville – photo VBCO

La place de l’hôtel de ville et les rues principales sont ainsi réaménagées. Un centre-ville malgré tout agréable lorsqu’on est en terrasse, si on exclut le ballet incessant à 10 kmh des centaines de voitures qui passent toujours là, pare-choc contre pare-choc. Et la pollution (air, bruit) qui va avec !

Si la zone 30 sécurise les cyclistes par l’abaissement des vitesses obtenu, ces derniers n’ont malgré tout pas droit aux raccourcis, puisque je n’ai vu aucun double-sens-cyclable (pourtant obligatoires en zone 30 à sens unique) dans ce centre refait (il devrait y en avoir un au moins rue du Mal Foch, devant la mairie!).

Devant l’Hôtel-de-Ville art deco, un Double-Sens-Cyclable éviterait aux cyclistes un détour.photo VBCO

Pas davantage de couloirs ou voies cyclables hors zone 30, sauf sur certaines avenues menant vers l’extérieur. Beaucoup de rues larges le permettraient pourtant.

On n’a globalement pas l’impression d’une prise en compte suivie du vélo comme mode de déplacement quotidien et touristique qui compte dans l’ensemble des circulations. Le vélo n’est d’ailleurs pas mentionné dans les actions Développement Durable sur le site de la ville…

Le stationnement pour les vélos existe mais est peu développé. Quelques arceaux sont implantés ici ou là. Heureusement qu’il y a le mobilier urbain (barrières).

Pourtant, la « Ronde de l’eau » ?

Il s’agit d’une boucle autour du centre-ville, de près de 9 km, partant du Parc de la Bouvaque, définie comme pédestre et cyclotouristique. Mais à part quelques panneaux, ce chemin d’existence ancienne ne semble avoir fait l’objet d’aucun aménagement-vélo dans la ville dense, il est bien plus praticable à pied qu’à vélo !

On a dû rajouter la mention vélo symboliquement ! Les continuités ne sont pas évidentes, le passage dans la verdure est souvent étroit, en dehors de la voie verte le long du canal de transit, déjà citée. Le parcours permet néanmoins de découvrir le patrimoine de la ville.

Un patrimoine riche malgré les destructions

Une grandeur passée

C’est ce qui frappe dans cette petite ville, qui fut la capitale du Ponthieu, quand on ne la connaît pas. Les nombreux bâtiments anciens restants, malgré les destructions, montrent que la ville a eu une certaine importance. C’est apparemment l’industrie des draps de luxe, qui, dès la fin du XVIIème siècle, avec l’implantation de la Manufacture des Rames, voulue par Colbert pour restructurer l’artisanat local, avait fait sa renommée. Les draps fabriqués à Abbeville partaient par notamment par la mer vers plusieurs cours d’Europe. Cette importante activité explique qu’au recensement de 1793, avec ses 18 000 habitants, Abbeville était la 45ème ville de France, rivalisant avec Le Havre, Le Mans, Poitiers, Limoges, Toulon ou Grenoble. Elle est aujourd’hui vers les 300 ièmes, avec à peine 23 000 habitants…

Le bâtiment central de l’ancienne manufacture des rames, début XVIIIème siècle

Manufacture des Rames :

On y arrive à vélo par le chemin de halage du bras ancien de la Somme. Les nombreux bâtiments sont aujourd’hui réaffectés. Les « rames » étaient des planches de bois sur lesquelles on faisait sécher les draps. La famille Van Robais, venue des Pays-Bas, bénéficiant de nombreux privilèges d’installation, fit la prospérité d’Abbeville en rassemblant en un lieu les artisans auparavant éparpillés en ville.

Manufacture des Rames: entrée du jardin par le quai de Somme – photo VBCO

Rare témoignage de cette importance (début du XVIIIème siècle), cette manufacture, qui occupa plusieurs milliers de personnes, est un des symboles de la politique économique voulue par Louis XIV et son ministre Colbert, afin d’industrialiser le pays.

Le tympan du portail monumental d’entrée, sculpture en bois, représente, par la conquête de la toison d’Or, l’accès de la manufacture au commerce maritime (Abbeville-Passion) – photo VBCO

Viennent compléter cet ensemble important d’autres bâtiments annexes servant autrefois d’ateliers, disposés autour de deux cours. L’une d’elles arbore ce pigeonnier en son centre.

photo VBCO

La collégiale Saint-Vulfran

Pièce majeure du patrimoine d’Abbeville datant du XVème siècle. L’un des plus beaux exemples du gothique flamboyant en Picardie.Les églises de cette taille traduisent aussi une importance passée, nourrie à l’époque par une richesse réelle.

Collégiale Saint-Vulfran – photo VBCO

Beffroi et musée Boucher de Perthes

Jacques Boucher de Perthes (né à Rethel,1788 ; mort à Abbeville, 1868) est considéré comme l’un des fondateurs de la science préhistorique. Il a démontré et fait admettre après de nombreuses fouilles aux abords d’Abbeville que l’homme existait avant le déluge, ce qui remettait en cause la vision de l’Église communément admise sur la question ; il a montré aussi l’existence de deux âges (pierre polie, pierre taillée).

Parc d’Emonville  et ancien monastère du Carmel de Jesus Maria.

Faisant partie d’un ancien prieuré, ce jardin public en plein centre d’Abbeville est attenant au jardin du Carmel. Véritable poumon vert, c’est un endroit agréable, arboré, autour de la maison Fouques d’Emonville, qui abrite la bibliothèque. Dans les allées, on peut admirer quelques statues de chérubins prévus à l’origine pour le château de Bagatelle tout proche.

Parc d’Emonville – photo VBCO
Ancien Carmel de Jesus Maria – photo VBCO
Statues de chérubins, prévues à l’origine pour Bagatelle

Maisons anciennes

On découvre encore au détour d’une rue quelques maisons anciennes, à encorbellement datant du Moyen-Âge, ou plus récentes, des maison picardes traditionnelles, dont une partie de la façade est couverte de planches de bois, sorte de bardage, comme à Amiens.

Le château de Bagatelle

Cette « folie » architecturale, cette « bagatelle » du XVIIIème siècle n’était au départ qu’un petit pavillon à un niveau, à toit plat, sans chambres, permettant seulement à la puissante famille Van Robais, industriels des draps, de recevoir des clients importants. Un étage fut ajouté en 1763. Le Parc de 11 hectares est magnifique. Un témoignage supplémentaire de la richesse passée de cette ville.

Photo Abbeville-tourisme

La gare

Les gares sont des lieux importants quand on voyage à vélo. Originale, celle d’Abbeville est la dernière gare en bois (et briques rouges) construite en France (1855), d’un style régional balnéaire, évoquant les villas colorées de la côte toute proche.

Gare d’Abbeville – photo VBCO

Bains-douches d’Abbeville

Ce bâtiment Art Nouveau a été construit en 1909, à l’initiative de la caisse d’épargne et s’inscrit dans le courant d’intentions hygiénistes qui a parcouru les instances dirigeantes ayant le souci du mieux-être des classes laborieuses. Il a été en fonction jusqu’en 2005.

 

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