Petite véloroute des Watergangs

Une partie du « Pays Reconquis » – Dessin VBCO (C. Louchez)

De Calais à Ardres et Guemps par les watergangs : une balade instructive de 33 kms

Où qu’on soit, on peut se faire sa petite véloroute. Dans le Calaisis, les nombreuses petites routes sont aussi des digues, bordant les centaines de kilomètres de watergangs (chemins d’eau). Même si ici, contrairement à la Belgique et aux Pays-Bas tout proches, on se préoccupe peu du vélo, ces routes peu fréquentées constituent naturellement un réseau de potentielles balades à vélo. Je les parcours depuis longtemps et cet été j’en ai fixé quelques kilomètres pour les partager.

Calais, Pont-du-Leu. Un watergang aux bords encore sauvages, favorable à la biodiversité – Photo VBCO

Ce plat pays…

Le Calaisis est un territoire géographique particulier, limite occidentale d’un triangle Calais-Dunkerque-Saint-Omer), lui-même à l’ouest de la plaine maritime flamande qui va de Sangatte à Anvers. Ce secteur est constitué par l’ancien delta de l’Aa, fleuve côtier canalisé se jetant dans la mer du Nord à Gravelines. Cette zone autrefois marécageuse était inexploitable pour l’homme, étant soumise aux invasions marines. Des moines venus d’Angleterre, dès le Xème siècle, ont commencé l’assèchement des terres de cette région limoneuse pour y implanter des cultures. Un polder comme aux Pays-Bas.

Paysage bucolique bordant la Rivière Neuve, un des watergangs du secteur – Photo VBCO

Ce « Pays Reconquis » sur la mer est un exemple de l’adaptation par l’homme d’un territoire à ses besoins. Même si aujourd’hui, l’occupation des 500 000 habitants de ce grand triangle très urbanisé fait un peu oublier la réalité, cela reste un territoire fragile, situé souvent sous le niveau des plus hautes mers, et dont l’équilibre repose sur la stabilité du cordon dunaire et sur les « wateringues » (Water Ring, cercle d’eau), un système hydraulique complexe de canaux, les watergangs (chemins d’eau), commencé au XIIème siècle. Des ouvrages importants (écluses, portes), situés dans les ports (Calais, Dunkerque, Gravelines) gèrent aujourd’hui l’écoulement à la mer, en fonction des marées et des nécessités de l’arrière-pays (crues, sécheresses) avec d’énormes pompes lorsque le niveau de la mer est trop élevé pour que l’écoulement gravitaire fonctionne.

Station des Pierrettes, aboutissement de la Rivière Neuve au port de Calais – photo VBCO

Un système qui atteint aujourd’hui ses limites de capacité, eu égard aux risques climatiques qui se précisent : recul du trait de côte, élévation du niveau de la mer. Des investissements colossaux seraient à faire.

Plus de 1000 km de canaux et de watergangs

Ce réseau de canaux a été creusé par l’homme. Ils sont de différentes tailles, correspondant à des fonctions complémentaires :

les plus larges sont les exutoires principaux vers la mer, ils recueillent l’eau de l’arrière-pays et l’emmènent vers la mer : canal de Calais à Saint-Omer, canal de Guînes, ou celui d’Ardres. C’étaient aussi des voies de circulation encore utilisées pour le trafic des pondéreux par péniches il n’y a pas si longtemps. Mais leur déclassement en rend l’entretien difficile, alors même que leur rôle de vidage de l’arrière-pays est plus que jamais d’actualité.

Le Canal de Calais à Saint-Omer, le plus grand exutoire du Calaisis vers la mer – Photo VBCO

Les cours d’eau les plus modestes, les watergangs, souvent rectilignes et bordés de palplanches, régulent la présence de l’eau (batardeaux, stations de relevage) et délimitent les propriétés et les exploitations.

Les watergangs ont différentes largeurs – photo VBCO

Le Paysage

Même si sa place est organisée, l’eau est toujours là, partout. C’est bien sûr la planéité extrême qui domine. Le paysage est plutôt nu (c’est le Blootland derrière Dunkerque). La végétation naturelle des marais apparaît encore là où l’homme lui en laisse la place, en bordure de watergangs, avec les arbres caractéristiques comme les saules à la fois de taille basse supportant le vent, et aux racines imposantes permettant de maintenir les rives.

Saules bordant le canal de Guînes – Photo VBCO

On trouve aussi des zones plus boisées (aulnes, frênes, peupliers) vers le sud, en limite avec les hauteurs, là où les nombreux étangs ayant jadis servi de tourbières, ne permettaient pas de culture intensive, dominante. Cultures céréalières et fourragères principalement.

Eglise du Marais de Guînes, sur fond de culture – Photo VBCO

De Calais à Ardres

On longe d’abord le canal de Saint-Omer, le plus grand exutoire du secteur, puis on bifurque peu après le pont de Coulogne sur le chemin de halage du canal de Guînes, parallèle à la Véloroute des Marais (Eurovélo 5). Ici, plus de navigation, on assiste donc chaque été à une eutrophisation impressionnante. Le long, encore deux ponts flamands, plus ou moins remaniés.

Le canal de Calais à Saint-Omer au Pont-de-Coulogne – Photo VBCO
L’Eurovélo 5 quitte le canal de St-Omer pour suivre celui de Guînes (vers la gauche) – Photo VBCO

En remplaçant petit à petit les anciens ponts-levis flamands par des ponts fixes, le département du Pas-de-Calais condamne définitivement le potentiel touristique fluvestre liant véloroute et navigation fluviale. L’inverse de ce qui se fait ailleurs, malgré les appels de VNF (ici)

Une base dont Guînes aurait bien besoin. Manque de vision des élus?

Le Canal de Guînes, n’étant plus navigué, nécessite un faucardage régulier – Photo VBCO

Une curiosité: l’écluse carrée

La platitude n’est pas uniforme. Le territoire est organisé en « casiers hydrauliques », sortes de mini-territoires à des niveaux d’altitude variable, qui se vident par conséquent à la mer par des watergangs ou canaux différents. C’est ainsi qu’on peut observer des superpositions de canaux, comme à l’Ecluse Carrée : le canal de Guînes au-dessus, la Rivière Neuve en dessous. Un « Pont-Canal de Briare » en miniature, en somme. Les deux exutoires se rejoignent au port de Calais.

La Rivière Neuve passe sous le canal de Guînes – Photo VBCO

On longe ensuite la Rivière Neuve, encore appelée Canal des Hauts Bancs ou canal des Pierrettes. Paysages bucoliques, petits ponts d’accès aux parcelles.

Paysage agreste du Marais de Guînes – Photo VBCO
Photo VBCO

On arrive au canal d’Ardres, une station de relevage est nécessaire pour que l’écoulement se fasse vers le canal.

Station de dégrillage et de relevage – Photo VBCO

Ardres et son lac

Nous sommes ici en limite de ce polder, Ardres marque, comme Guînes, le début des hauteurs de l’Artois-Boulonnais. La différence de terrains géologiques explique l’affleurement de l’eau en de nombreux endroits, sous forme d’étangs, qu’on appelle ici « lacs », anciennes tourbières.

L’étang principal, aux portes d’Ardres, coupé en deux par une route-digue, est devenu un lieu de villégiature agréable en été avec petites embarcations à louer, restaurants, campings, espaces de pique-nique. Malgré ce potentiel touristique, rien n’est fait pour y accueillir correctement les cyclistes, pourtant nombreux. Aucun arceau de stationnement !!

Pont-d’Ardres

Après le lac d’Ardres, on suit le canal d’Ardres, autre exutoire important des eaux du Calaisis.

Photo VBCO

A Pont-d’Ardres, une autre curiosité : ce pont routier, appelé encore Pont-Sans-Pareil, datant de 1752, refait en 1970, qui passe au-dessus de la jonction de deux watergangs (d’Ardres, de Guemps) avec le canal de Calais, ce qui donne l’impression que 4 cours d’eau se rejoignent.

Puis on suit le watergang allant vers Guemps, qui s’écoule d’ailleurs en sens inverse de notre déplacement. La différence de niveau avec le canal de Calais explique la station de relevage, qui fonctionne avec des vis sans fin.

Ce watergang permet de voir quelques aménagements : berges renforcées sous un pont, plusieurs batardeaux, sortes de petits barrages généralement maçonnés, qui permettent de réguler le niveau d’eau dans ces zones agricoles.

Un batardeau moderne – Photo VBCO
Un batardeau plus ancien, maçonné en pierre – Photo VBCO
Une crémaillère permet de relever le barrage – Photo VBCO

Un pays de moulins

A Guemps, près de la convergence entre ce watergang et le canal du Houlet, on peut admirer un des derniers moulins-tours de la région, qui en a autrefois compté beaucoup. On utilisait la force du vent généralement pour moudre le grain, bien sûr, mais parfois aussi pour relever l’eau d’un secteur à l’autre. Le moulin actionnait alors des vis sans fin en bois, ce que les stations de relevage font aujourd’hui.

Le moulin de Guemps – Photo VBCO

Retour vers Pont-d’Ardres, puis, on longe le canal du Vinfil, rectiligne. Le parcours, parallèle à celui du départ, est assez nu, bordé de cultures. Ce watergang rejoint la rivière Neuve, qui passe sous l’Ecluse Carrée pour rejoindre le Port de Calais au Bassin des Chasses.

Canal du Vinfil – Photo VBCO
Confluent Vinfil-Rivière Neuve – Photo VBCO

La fin du parcours à vélo repasse par les canaux de Guînes et de Calais.

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