Vélo, plaisance, randonnée dans le Calaisis: Pourquoi pas une Maison des Voies Vertes et Bleues?

Déjà en progression avant 2020, les pratiques du vélo augmentent de manière constante pour différentes raisons depuis le début de la crise sanitaire. Les randonnées en général, petites ou grandes, à vélo ou autrement, participent de l’envie de renouer avec l’extérieur, avec la nature et avec la lenteur, dans une société qui va vite, sans savoir où.

Lieu de passage de divers randonneurs·euses, et de quelques plaisanciers, la question peut se poser de créer à Calais ou dans les environs, un lieu permettant de visualiser et de dynamiser ensemble les différentes pratiques touristiques de randonnées sur l’eau et sur terre, tant pour les habitants que pour les touristes, comme cela se fait ailleurs, même près d’ici (Haverskerque, 70 kms)

Contexte national et régional : développer le tourisme fluvestre

Le tourisme à vélo et le tourisme fluvial sont en plein développement au niveau national comme régional . Les études récentes montrent que lier les deux, ce qu’on appelle le tourisme fluvestre (Pays-Bas, mais aussi Nord de France) augmente encore la fréquentation, car les activités proposées élargissent le champ des deux types de public, vélo pour les plaisanciers, balades fluviales et vélo pour les touristes en familles.

Les chiffres nationaux 2018

91 % du réseau des Voies Navigables sont situés à moins de 5km du Schéma National des Voies Vertes (SNV)

Sur les 9 Eurovélo en France, 8 longent pour partie le réseau navigable

54% des Eurovélo sont situés à moins de 5 km du réseau navigable chiffres Voies Navigables de France

Un exemple : la base d’Haverskerque,

Située à 70 km de Calais, sur la Lys, cette base fluviale est gérée par la Communauté de Communes Flandre-Lys. Elle n’est pas très grande, mais offre néanmoins tous services aux plaisancier·e·s ainsi que nombre d’activités sportives et de loisir aux jeunes, familles (vélo, VTT, location de bateaux, animations, restauration…) ainsi que 3 écolodges (hébergement pour randonneurs). Les bords de la Lys sont aménagés en véloroutes.

Le Calaisis a tous les atouts

Deux eurovéloroutes

Peu de villes ont cette chance, mais Calais est à la convergence de voies d’eau à valoriser, navigables (Canal de Calais) ou qui peuvent le redevenir (Canaux de Guînes, d’Ardres …) pour peu qu’on en voie l’intérêt, et de deux Eurovéloroutes, la Vélomaritime (EV4) et la Via Romea Francigena (EV5). Déjà nombreux à traverser l’agglomération calaisienne, soit pour se rendre au Royaume-Uni, soit parce qu’ils longent la Côte d’Opale, notamment l’été, les cyclistes et autres randonneur·euse·s sont là mais sont invisibles aux autorités. Rien ne les retient puisqu’ils ne disposent pour l’instant d’aucun lieu identifiant regroupant les services et les informations qui les intéressent. Un public qui n’est pas ciblé.

21 kms de voies d’eau dans la ville…

Calais dispose d’un port de plaisance, et une demande existe notamment pour traverser le détroit ou aller vers l’intérieur. Entre mer, canaux et watergangs, Calais est une petite Venise. Que personne ne voit ! Une halte fluviale existe, quasi en centre-ville, quelques bateaux y stationnent, mais c’est l’aboutissement d’une portion du Canal de Calais venant de Saint-Omer qui n’est pas valorisée sur le plan touristique, et attire donc peu (113 bateaux en 2018, 90 en 2019, rapport VNF). Une halte qui n’offre même pas, contrairement à beaucoup d’autres, les services minimaux. Pourtant, développer le long de ce canal quelques points d’arrêts (mini-bases fluviales à Ardres et Guînes, aires de pique-nique) connectés à des itinéraires cyclables touristiques et patrimoniaux jalonnés, développer le label « accueil-vélo », des balades fluviales vers Guînes et Ardres, tout cela ne paraît pas hors de portée.

La navette fluviale Majest’in pourrait trouver là une utilisation bien plus « rentable » qu’aujourd’hui, au moins en zone urbaine.

Valoriser conjointement plaisance et vélotourisme est un vrai enjeu de développement touristique pour le Calaisis

Une fréquentation cycliste déjà présente, mais invisible!

Les voyageurs à vélo sont déjà là. Mais on ne les voit pas. Pourtant :

  • Autour de10 000 traversées à vélo par ferry étaient dénombrées chaque année avant le Covid. Certes le Brexit ne rend pas les échanges faciles. Mais la situation ne manquera pas de s’améliorer, l’envie de voyager à vélo dans un sens comme dans l’autre étant la plus forte.
  • La Vélomaritime, qui traverse Calais, a vu la fréquentation sur l’ensemble de son parcours en 2020 augmenter de 11 % par rapport à 2019. Ne disposant d’aucun comptage entre Calais et Boulogne (alors que le site touristique majeur des Deux-Caps s’y trouve), on est obligé de se faire une idée avec les comptages réalisés à l’est de Dunkerque (Leffrinckoucke, Bray-Dunes) en 2017 et en 2020 (carte), qui montrent une multiplication par 9 des passages de vélos depuis 2017! Même si ces comptages ne distinguent pas le·la cycliste de chaque jour du·de la cyclotouriste, chez nous aussi, l’engouement pour le vélo explose.

Les voyageurs à pied sont sans doute aussi en nombre important, mais non répertoriés, il suffit de voir sur le Calaisis les demandes d’hébergement gratuit, tel Couchsurfing ou Warmshowers.

Des services existants à Calais mais non coordonnés

Des services existent, ils sont géographiquement éparpillés (Centre Européen de Séjour, Camping, OVS : services vélo, info touristique). Ils ne sont pas non plus coordonnés entre eux, et il n’y a pas d’approche spécifique du public cyclotouriste. Il n’y a pas de lieu identifiant. L’auberge de jeunesse (CES) n’est pas certifiée « Accueil Vélo ». Dans le domaine qui nous intéresse, seule l’association OVS (services vélo) est labellisée.

Alors une maison des Voies Vertes et Bleues et de la Randonnée, pour quoi faire ?

Il s’agit de réfléchir à construire collectivement, en y proposant un échantillon des services dont ils ont besoin, un lieu d’identification :

  • pour les nombreux voyageurs à vélo aujourd’hui éparpillés et invisibles traversant le territoire, afin de les retenir ;
  • pour les plaisanciers, qui peuvent y voir un intérêt touristique et de services. La halte fluviale ne propose actuellement ni eau, ni électricité, ni sanitaires ;
  • Pour les randonneurs en général, à pied notamment.
  • Pour les habitants aussi : un nouveau lieu de vie et d’animation tel que espace de rencontre, ou un centre aéré (base nautique) pour les plus jeunes ;

Ce lieu servirait de catalyseur pour une politique forte d’aménagement centrée sur l’écotourisme de proximité, sur les mobilités actives (vélo, marche) et sur la place de l’eau dans la ville, le Calaisis est un polder. Géographie, passage, patrimoine. Tout est là pour investir, organiser. Un vrai projet d’avenir, en phase avec notre époque.

Qu’y aurait-il dans cette Maison ?

Pour en faire un lieu d’identification fluvial-randonnée, et d’animation permanente, il s’agit de concentrer en ce lieu suffisamment de services pour intéresser tous les types de publics évoqués. Ce sont les services déjà existants dans la ville qui seraient présents, en réseau avec leur structure, les autres seraient en plus.

A l’intérieur

  • garage, atelier, entretien-réparation, location de vélos ;
  • réserve
  • hébergement : 1,2 chambres collectives
  • douches, WC, laverie (en accès permanent)
  • espace commun, d’échange d’information touristique et d’exposition,
  • café, petite restauration, cuisine (en lien avec un des opérateurs d’hébergement?)

A l’extérieur

  • Services fluviaux : navette, pontons, petits bateaux en location, activités sportives (?)
  • Hébergement :
  • quelques places de camping autour selon les possibilités offertes par le lieu d’implantation choisi ;
  • 2 ou 3 écolodges permettant aux randonneurs de passer 2 ou 3 nuits pourraient remplacer/ compléter l’hébergement dans le bâtiment
Un écolodge d’Haverskerque. Sympa, non?

Quelle gestion ?

Soit par un collectif d’associations locales directement concernées par les problématiques (hébergement, restauration, vélo, fluvial, animation…) comme nous l’avions initié en 2018-2019. Soit par la, les collectivité(s). Voire un partenariat public-privé.

Où dans Calais ?

Le tourisme fluvestre prend son sens lorsque véloroutes et voies d’eau sont en proximité. C’est le cas ici, à la jonction des canaux en plein centre-ville, derrière l’hôtel-de-ville, dans la proximité de la base fluviale existante et des lieux patrimoniaux à visiter… Les deux Eurovélo y passent, l’Eurovélo 4 par le pôle gare tout proche en travaux, et l’Eurovélo 5 arrivant du canal de Saint-Omer et rejoignant le terminal Car-Ferry. Trois espaces pourraient convenir, situés au bord de l’eau, au calme, en contrebas des axes de circulation motorisée et du bruit de la ville. Des quais où peuvent accoster les bâteaux, et qui, avec quelques aménagements, peuvent devenir de vrais lieux de promenade. A condition bien sûr, de rétablir la circulation piétonne en supprimant les barrières installées sous les ponts récemment.

A Calais : Bassin de la Batellerie – Base fluviale

Les deux Eurovélo passent dans ce secteur.

1 Quai Andrieux

2 Quai de la Gironde

4 Quai de la Meuse : c’est l’actuelle halte fluviale

(Photo en début d’article). Sans doute le meilleur emplacement, puisque l’équipement complèterait la halte fluviale

A l’extérieur de Calais :

Les canaux de Guînes et d’Ardres, autrefois navigables, pourraient le redevenir avantageusement pour le tourisme fluvestre, valorisant pour ces deux cités de l’arrière pays. Des mini-bases fluviales en bout de canal auraient tout leur sens. Voici de quoi on se prive en remplaçant les ponts mobiles par des ponts fixes, comme au Marais de Guînes.

5 Coulogne (Pont-à-deux-Trous)

Une seule Eurovéloroute (EV5, appelée ici Véloroute des Marais) arrive au Pont de Coulogne après avoir longé le Canal de Guînes. Située en sortie de ville, elle est très fréquentée, tant par des marcheurs·euses que par des cyclistes. La jonction de ce canal avec le canal de Saint-Omer paraît un bon endroit, avec la base d’aviron toute proche.

6 Guînes :

En rouvrant la navigation aux petits gabarits, on peut imaginer une base fluviale au bout du canal. Mais on peut aussi aménager en Maison des Voies Vertes et Bleues la péniche Freycinet stationnée près de là, abandonnée depuis … 10 ans !!!

Utiliser enfin les atouts éco-touristiques de ce territoire… CRTE ?

Ce projet global Eau / Mobilités douces ne semble pas avoir attiré l’attention des autorités locales (ville, agglomération, pays…) pour l’instant. C’est pourtant un vrai projet de territoire dont l’essentiel de la matrice et des publics sont là, invisibles à leurs yeux. S’il faut certes un peu d’investissement (200k€ pour la maison?), le besoin majeur est surtout de le penser concrètement avec tous les acteur·trice·s locaux Un projet structurant et sensé pour le Calaisis, tant sur le plan touristique qu’environnemental, sans aucun doute porteur d’activité et d’emplois, qui pourrait être financé par une petite partie des millions d’euros de l’  «enveloppe de compensation migratoire » ou du Contrat de Relance et de Transition Ecologique (CRTE) actuellement en discussion.

Tout ceci nécessite aussi qu’on prenne à bras le corps la matérialisation dans le paysage des deux Eurovélo, autrement qu’en apposant ici et là quelques (petits) panneaux à travers la ville, sans autres améliorations.

Des petits panneaux ne font pas une véloroute européenne. Il faut un peu plus pour qu’elle soit pertinente et fréquentée…

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