La Vélomaritime sur la Côte d’Opale: de Sangatte à Boulogne-sur-Mer, depuis l’été 2021

Sur les hauteurs de Wimereux, l’entrée du port de Boulogne – photo VBCO

Eté 2021 – Réalisée dans sa partie rurale depuis quelques années déjà par le département du Pas-de-Calais, cette portion de la Vélomaritime, de Calais à Boulogne devrait être l’une des plus fréquentée de l’Eurovélo 4, puisqu’elle dessert le site des Deux-Caps, l’un des sites naturels touristiques majeurs au nord de Paris . Encore faudrait-il qu’elle offre une continuité et une sécurité suffisante pour des balades en famille, et qu’elle allie harmonieusement son parcours à la visibilité des sites (localités, plages, points de vue) sans multiplier par deux les distances acceptables par les voyageur·euse·s à vélo.

Baie de Wissant et Cap Gris-Nez vus du Blanc-Nez – Photo VBCO

Reconnaissons qu’il n’a pas été facile pour le département de rendre visible cette Eurovélo 4 dans le Calaisis, l’agglomération ne s’étant jamais préoccupée de donner réalité aux deux Eurovélo 4 et 5 traversant son territoire (eh oui, la Vélomaritime – EV4 – et la Via Romea Francigena – EV5 – passent par Calais!). Elle en possédait pourtant les itinéraires depuis… 2007, et cette réalisation relevait de sa responsabilité. Un public touristique potentiel localement invisible, puisqu’on ne s’occupe pas de lui, mais présent tout de même car de nombreux vélotouristes français et étrangers passent ici. On comptait en effet avant la pandémie autour de 10 000 voyageur·euse·s à vélo par an, rien que pour la traversée Transmanche par ferry à Calais.

Avec cet article, je refais le point de ce qui a évolué sur l’Eurovélo 4 ou Vélomaritime depuis mes premiers articles de 2017 ici et ici

Jalonnement en progression, mais des services vélo quasi inexistants

Pour rendre attractive une véloroute, celle ci doit être visible et jalonnée dans le paysage, bien sûr, mais elle doit aussi s’accompagner des services indispensables aux cyclistes pour être véritablement intégrée dans le tissu économique et touristique local. Si l’information touristique est en général accessible dans les communes traversées, tel n’est pas le cas du stationnement vélo de base, quasi inexistant comme nous le verrons, dans toutes ces communes pourtant touristiques. Très faible également sur cette partie de la Vélomaritime, la couverture par le réseau national« Accueil vélo », qui se développe partout (Flandre, Baie de Somme, Dunkerquois…) et qui devrait signaler aux cyclotouristes des lieux et structures ayant fait l’effort de s’adapter à la clientèle « vélo » (hébergements, lieux touristiques, réparateurs-vélo etc…). On y consacrera un autre article.

L’itinéraire

De Sangatte à Escalles

Le parcours de la Vélomaritime dans ce secteur donnait depuis 2007, en sortie du parking ouest de Sangatte, un chemin bucolique à souhait (en pointillé) relativement direct, offrant de très jolies vues , mais caillouteux et en montée, difficilement fréquentable à vélo (hors VTT) sans quelques investissements permettant de le rendre carrossable.

Photo VBCO. Pas d’aménagement en vue pour ce chemin (3km) pourtant agréable et direct…
Sangatte, vue du chemin originellement prévu – photo VCBO

Des investissements qui n’auront apparemment pas lieu, au moins pour l’instant, et le joli chemin décrit plus haut est remplacé de Sangatte à Haute-Escalles (parcours en rouge) par des petites routes agricoles passant par Ramsault, au milieu d’étendues de cultures intensives, sans arbres. Un parcours donné comme provisoire, sans grand intérêt ni visuel ni patrimonial, désert, et qui oblige à revenir sur ses pas, pour une distance totale de 8 km alors que le chemin à aménager décrit ci-dessus n’en fait que 3 !

Chemin …provisoire – Photo VBCO

Par le chemin caillouteux, arrivé·e·s en haut, on se pose pour humer les senteurs sauvages de cette zone naturelle et admirer le détroit, le village et les moutons.

Si on veut se rendre au Cap Blanc-Nez, haut-lieu du secteur, on emprunte un autre chemin de randonnée sur la droite guère plus praticable à vélo que le premier. Ce sera donc à pied! Le point de vue est à …plus d’1 km de la véloroute !

photo VBCO

Stationnement-vélo : la portion congrue…

  • le parking du Dover Patrol (photo ci-dessous, haut du cap, 150 places voitures) arbore… 3 arceaux pour les cyclotouristes…
  • le parking de la plage, en bas (environ 150 places aussi), 5 pour les motos, zéro arceau pour les vélos !
  • le parking dit de « Haute-Escalles », au milieu de nulle part (40 voitures, 25 bus), 1 arceau-vélo. A noter qu’il n’existe aucun stationnement pour les vélos au centre du village d’Escalles, là où se trouvent hôtels et restaurants…On a pourtant su récemment refaire le parking de la mairie (30 places).

Après la descente par la portion de véloroute balisée qui existe depuis quelques années, contournant un ancien moulin. L’itinéraire continue vers Wissant, constitué de chemins agricoles bien aménagés, deux cheminements en béton blanc, séparés par un espace enherbé.

Wissant

Côté Vélomaritime, rien n’a changé, les entrées et sorties de la ville ne sont pas aménagées, et on doit évoluer sur la D940, à forte circulation motorisée en été. A noter que de la place existe, sous les arbres, pour aménager de chaque côté de la route, une mini voie verte. Des efforts d’aménagement du centre-bourg et de la digue ont néanmoins été consentis : zone 30, doubles-sens-cyclables, digue autorisée aux vélos.

D940, traversée de Wissant: aménager un espace piéton-vélo de chaque côté semble faisable -photo VBCO

Stationnement vélo : Wissant, haut-lieu touristique de la côte été comme hiver, dispose de seulement 6 arceaux sur la place de l’église, 0 sur la digue.

Wissant l’été à une terrasse…photo VBCO

En sortie de Wissant, seuls quelques logos vélo à demi effacés occupent une « surlargeur de sécurité » très symbolique, et peu sécurisante vu la vitesse motorisée pratiquée. Un peu plus loin, on reprend la véloroute sur la gauche, petites routes calmes. Arrivée à Tardinghen par un chaucidou le long de la RD 249, c’est la nouveauté.

Tardinghen

Rien n’a changé à part le chaucidou. Un beau parking mais aucun stationnement vélo !

Audinghen 

Quelques marquages (logos vélos) minimalistes. Le RD 940 est aménagé à la traversée du village : passage surélevé devant la jolie mairie, avec une place refaite, mais sans le moindre arceau vélo!!!

Les 3 seuls arceaux sont situés dans la station « RELAIS VELO » (Altinnova), un lieu dédié aux cyclotouristes: kit de réparation, lavage, gonglage. C’est un équipement de départ très « design » mais le beau et sans doute cher ne sont pas nécessairement synonymes d’efficacité. Caché sur un parking derrière l’église depuis 4? 5 ans? Il semble avoir mal vieilli, faute d’entretien, de suivi ? Problème de qualité ? Pas de vandalisme . Je n’ai pas testé le lavage, mais tuyaux de pompe manquants, embouts détériorés? usés? outillage rouillé, manomètre illisible, tout cela n’est pas très avenant.

Gris-Nez

Parking voitures, bus et motos conséquent. Pas d’arceaux vélos

Audresselles

Après quelques kilomètres dans un paysage dépouillé occupé exclusivement par des cultures intensives, la Vélomaritime arrive dans le centre de cet ancien village de pêcheurs, par une rue résidentielle puis emprunte celles concentrant l’activité touristique (restaurants, hôtels). l’itinéraire est symboliquement balisé (1 logo vélo au sol de temps en temps. Le « passage des baigneurs » est aussi balisé.

Stationnement vélo :

Zéro pointé ! Aucun arceau, ni sur la place, ni dans la rue des restaurants, ni sur la D940 qui traverse, ni sur le parking de la Manchue!!

La sortie d’Audresselles se fait après avoir traversé un quartier de résidences secondaires, on aboutit à l’embouchure du ruisseau de la Manchue.

Audresselles: la Manchue – Photo VBCO

D’Audresselles à Ambleteuse

Pas de changement, on emprunte la « voyette à roulettes », agréable voie verte, sur 2km environ, longeant à bonne distance la D940.

La « Voyette à roulettes » – Photo VBCO

Ambleteuse

Peu de changement à la traversée d’Ambleteuse: beaux paysages toujours, mais où la place de la Vélomaritime se fait seulement par quelques marquages minimalistes: de rares logos « vélo » peints au sol, qui n’inscrivent pas vraiment le vélo dans le paysage. Itinéraire par la mairie, puis rue de la Source, la digue, et rue de l’Ecluse.

Le toit du Fort d’Ambleteuse apparaît au-dessus des maisons… Photo VBCO
Le Fort d’Ambleteuse, date de 1680 (Vauban) – Photo VBCO

Le stationnement vélo à Ambleteuse:

Zéro pointé !  Sauf erreur, aucun arceau nulle part : ni à la mairie, ni devant aucun bâtiment public, aucun arceau sur la digue. Les cyclistes téméraires en sont réduits à s’accrocher aux panneaux d’ information!

Photo VBCO

L’aménagement de la digue d’Ambleteuse est ancien. Pour les cyclistes, qui n’y ont jamais été pris en compte, dénivelés, bordures et obstacles sont rédhibitoires. Guère davantage de prise en compte depuis que la Vélomaritime y passe officiellement mais… très discrètement: quelques logos « vélo » très espacés sont peints sur la chaussée…

La digue d’Ambleteuse, un aménagement qui date un peu. Au fond, Audresselles – Photo VBCO

De la sortie d’Ambleteuse vers Wimereux

Une rue de l’Ecluse très agréable (zone 30) permet de parvenir au pont sur la Slack, où on rejoint la D940, sans aménagement, que l’on doit emprunter sur 1,5 km environ, jusqu’au parking sur la droite.

Photo VBCO

Ce n’est qu’à partir de là que commence la seule vraie nouveauté 2021 de cet itinéraire, une voie verte de bonnes dimensions, qui longe la D940, en stabilisé d’abord, entre route et espace naturel protégé, puis goudronnée, sur trottoir, dès les premières maisons de Wimereux.

Photo VBCO

Wimereux

L’apparition de deux nouvelles pistes cyclables (celle précitée, et une autre en centre-ville) dans cette jolie ville balnéaire au cachet 2nd Empire est à remarquer en positif depuis mon précédent article. Mais cela ne s’accompagne pas encore d’un intérêt pour le vélo qui lui donnerait une place minimale visible dans le paysage urbain. Le stationnement vélo est toujours inexistant, c’est pourtant facile, et peu onéreux à installer. Mais il faut dire que l’on partait de très très loin!

Des améliorations programmées?

La première piste venant d’Ambleteuse s’arrête au rond-point du Bon-Air, laissant place pour la descente, à la D940 aggravée d’un terre-plein central peint, ancien et inutile, qui encourage la vitesse motorisée et prend aux cyclistes le peu d’espace auquel ils·elles pourraient prétendre sur la droite de la chaussée. On pourrait le supprimer et réaliser des couloirs cyclables.

Photo VBCO

Une fois passé le pont sur le Wimereux, on est amené vers la digue, et là rien n’a changé ou presque : digue piétonne uniquement, interdite aux vélos de 11h00 à 05h00 du matin !

Pourtant, cette cité balnéaire se valoriserait en mettant en place une vraie politique vélo, tant pour ses habitants que pour les touristes. Installer des aménagements « haut-de-gamme » ici ou là change peu la donne en matière de fréquentation cycliste, surtout, et c’est souvent le cas, que ceux-ci sont rarement pensés en réseau, ni du point de vue du cycliste. Ils sont du coup peu utilisés. Alors qu’avec un peu de bon sens et l’envie de partager l’espace public, de nombreuses actions peu coûteuses peuvent améliorer la vie des cyclistes en encourager de nouveaux. Mais le changement principal, c’est au niveau des élu·e·s qu’il doit s’opérer. Iels doivent changer de point de vue, et cesser de se satisfaire de « mettre un peu de vélo » quand il reste de la place une fois la voiture servie. Il faut envisager les modes de déplacement non pas séparément, mais comme un ensemble de solutions coordonnées auquel finalement chacun·e devrait avoir droit. Et imposer la continuité des aménagements. Cela nécessite évidemment de réduire à certains moments de quelques mètres carrés la place dévolue à la voiture .

Wimereux: la digue, inerdite aux vélos…

La seconde piste cyclable double-sens sur trottoir, est apparue sur l’avenue du Mal Foch, dans une refonte totale des espaces publics. Plutôt réussie au premier abord. Mais la piste s’arrête sur une rue en angle droit, pas de continuité dans le tissu urbain, ni dans le jalonnement. Elle est de plus fréquemment soumise aux aléas du stationnement sauvage, ni empêché ni verbalisé aux dire de riverains. Alors, faire respecter la loi?

Stationnement vélo ? Quasi inexistant : j’ai noté 3 pince-roues (3×6 vélos) à l’entrée de la digue, et rien d’autre. La rue commerçante de la ville, Rue Carnot, assez longue, étroite et animée, couverte de stationnement-voitures, bruyante et polluée lors de ralentissements quasi constants, n’offre pas le moindre arceau pour les vélos. Il faudrait installer le long de cette rue, deux ou trois parkings à vélos sur la chaussée, sur une place de voiture. Un loueur de cette rue n’a même pas la place pour installer ses vélos!

Wimereux: la rue Carnot – photo VBCO

Sortie de Wimereux vers Boulogne

Pas de changement, une piste cyclable ancienne de chaque côté de la D940. Elles se rejoignent sur trottoir à l’approche de Boulogne-sur-Mer.

Questions…

Dans cette manière d’aménager la Vélomaritime, où on se contente souvent d’habiller d’une présence vélo homéopathique les espaces publics existants sans rien y changer en profondeur, on peut se demander quel impact visuel, et de ressenti de sécurité cela a réellement auprès des usager·e·s cyclistes. Perçoivent-ils, perçoivent-elles vraiment cet environnement comme ayant été conçu à leur intention, alors qu’il y a très peu de pistes cyclables dédiées ? Auront-ils l’impression d’être sur un itinéraire bien identifié, comme c’est le cas pour la Vélodyssée, la Loiravélo, ou même sur cette Vélomaritime quelques kilomètres plus bas, en Baie de Somme, où on vient encore de créer de la vraie piste cyclable, du côté de Saint-Quentin-en-Tourmont ?

Ici, dans cette partie nord de la Côte d’Opale, pourtant la plus touristique, ces aménagements a minima d’investissement, dont l’essentiel est constitué de quelques marquages et d’un peu de jalonnement, reflètent un retard, une méconnaissance du potentiel vélotouristique.

Des progrès importants ont cependant été réalisés mais ne sont pas encore à la hauteur du retard pris depuis 25 ans au moins. Ce qui n’empêche pas, lorsqu’on évoque ces questions, de se voir répondre les arguments qui consacrent que le vélotourisme n’est pas ici prioritaire : « On a conscience du retard pris », « On fait ce qu’il faut », ou encore, « ça coûte cher » …

Peut-on s’approprier une véloroute:

  • qui passe à l’écart des hauts-lieux naturels que tout un·e chacun·e voudrait découvrir au détour d’un virage, plutôt que de devoir faire des kilomètres pour y accéder (plages, falaises, vues) ?
  • qui ne parvient pas à afficher une offre coordonnée entre itinéraire (CD62) et stationnement vélo (villes et villages traversé·e·s) ?
  • dont les petites routes voulues comme sécurisantes, qui la constituent principalement, montrent une fréquentation motorisée l’été qui les rend pour certaines dangereuses ?

Ces choix d’aménagement s’expliquent sans doute par des questions budgétaires, qui traduisent le manque de volonté politique permettant d’offrir à ce secteur déjà très touristique un versant vélo digne du Site des Deux-Caps. Et de redéfinir aussi, dans ces hauts-lieux fréquentés, la place de la voiture comme « outil touristique ».

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s