Coulogne-Guînes: Histoire d’une véloroute

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En février 2015 était inaugurée la « Véloroute des Marais », voie verte de 7km entre Coulogne et Guînes, reprenant pour l’essentiel, sur la berge Est du Canal de Guînes, le tracé de l’ancienne voie de Chemin de Fer de Calais à Anvin, mise en service en 1882 et démontée après la 2ème guerre mondiale (1955). Le parcours de cette ligne de 95km a laissé bien des vestiges dans le paysage : nombreuses gares, terre-pleins, ponts. Sans le démantèlement et la vente à la découpe qui a suivi, on aurait pu faire de ce tracé une voie verte structurante à travers tout le Pas-de-Calais. Quel dommage !

Loin d’avoir été pionnier en la matière, Le  Département du Pas-de-Calais a enfin découvert l’intérêt d’ une véloroute reliant Coulogne ou même Calais à Guînes. Tant mieux pour les cyclistes et autres promeneurs, qui auront attendu assez longtemps…

CIMG3124 - Copie (2)C’est moi qui ai été à l’initiative de cette véloroute, il y a plus de 20 ans, on aurait pu s’en souvenir, d’autant que les décideurs de 2015 étaient les mêmes qu’à l’époque !. Car malgré ma prise de contact avec le CG62 en novembre 2014, je n’ai pas été sollicité pour l’inauguration! Ni précédemment associé de quelque manière que ce soit à la réalisation. J’étais pourtant identifié comme le « monsieur vélo » du territoire.

Bien sûr, le plus important est que les cyclistes recueillent, certes avec retard, le fruit de mon travail passé, mais je vais tout de même décrire la part que j’ai prise dans la naissance de ce projet . Rendons à César ce qui…Puisque tout le monde a oublié ! Les choses qui naissent difficilement ont souvent une longue histoire…

Un projet sensé et nécessaire.

En 1992-93, cycliste au quotidien, militant associatif écolo, et guînois du marais par ma famille, je réalisais parfaitement tout l’intérêt de réaliser sur la berge Est du canal une voie cyclable. Les habitants aussi :

  • Pour la sécurité des jeunes et de tous ceux, nombreux encore, qui se rendaient au travail à vélo, la RD248 étant très dangereuse :

Qu’il me soit ici permis de rendre hommage à mon oncle Robert Valois (1939-2003), du Marais de Guînes, qui se rendait chaque jour à vélo à l’usine De Laire où il était opérateur de laboratoire. Il est mort en 2003 quelques mois après s’être fait renverser par une voiture près du Pont-à-Deux-trous. Me sachant investi dans les  politiques « vélo » il me demandait souvent des

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nouvelles de la véloroute Coulogne-Guînes. J’étais bien obligé de lui répondre qu’elle était au placard. J’avais personnellement fait déjà beaucoup en produisant un dossier qui pouvait servir de base à la réalisation. Si ce dossier n’avait pas mis 20 ans à se concrétiser, mon oncle serait peut-être encore parmi nous.

  • Pour le tourisme, un réseau vélo fait partie des éléments qui retiennent les visiteurs ;
  • Comme promenade aussi pour les citadins de l’agglomération calaisienne : un vrai fleuron à mettre en avant pour l’image du territoire;
  • Pour la commune enfin, ce pouvait être un lien fort permettant de désenclaver le marais en reliant les deux parties de Guînes ;
  • Enfin, techniquement, en réalisant une piste cyclable sur une partie de la berge du canal, on en profitait pour consolider en même temps cette même berge ;

C’était en fait plutôt une affaire de vision et de volonté. Il y a 20 ans déjà, j’attirais, sans succès, l’attention des décideurs locaux sur les retombées économiques du tourisme à vélo, à l’image d’exemples que je connaissais comme Cluny-Givry, ou l’avenue verte London-Paris (via Dieppe), projets déjà en cours il y a 15 ans.  Retombées que France Vélo Tourisme chiffre aujourd’hui à 2 milliards d’euros. Les exemples réussis du « Danube à vélo », de « Loire à vélo » et plus près de nous de Belgique étaient déjà connus.

Un dossier travaillé et détaillé.

Dans les années 92-93, je m’attelle donc à la tâche en produisant un dossier complet d’une trentaine de pages, un vrai bureau d’études avant l’heure : reprise d’itinéraires (les deux alternatives sont envisagées : voie de Chemin de Fer Calais-Anvin ou berge du canal) sur carte IGN, photos-montages (existant/projeté) de chaque portion d’itinéraire et de chaque point névralgique, propositions d’aménagements peu coûteux et de bon sens. Avec un objectif : réaliser une continuité d’itinéraire, d’autant qu’à y regarder de près, il y avait peu de travaux importants à réaliser, il suffisait de concrétiser une continuité qui manquait entre la Planche Tournoire et le Marais de Guînes…

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Le quai d’Amérique

Mon projet prévoit même le prolongement sur la partie calaisienne par les quais du Canal de Saint-Omer, puis les berges des canaux des anciennes fortifications. Aboutissant à l’Hoverport et au Terminal Car Ferry, pour intéresser les Anglais, cyclistes ou non, à rester dans le Calaisis.

Rien n’étant numérisé à l’époque, je n‘ai malheureusement pas conservé l’original de ce document, qui a peut-être servi plus de 15 ans après de base à la réalisation !!

De  ce dossier ne me reste que l’en-tête, un clin d’oeil à Gaston Lagaffe !!

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Mais il se trouve sans doute dans les archives (tiroirs?) des mairies puisqu’il fut présenté aux financeurs possibles d’alors (Mairie de Guînes, Mairie de Calais, de Coulogne, Conseil Général). On a oscillé entre non réponse (Calais, Coulogne) et réponses dilatoires (Guînes, Conseil Général). Seule la région se sentait concernée, mais aucun politique local ne l’a alors sollicitée !! Le Conseil Général réalisera bien un parcours « piéton » sur une portion de l’ancienne voie ferrée, mais qui sera interdit aux vélos sous les prétextes suivants :

  • là où il y a des vélos vont aussi les scooters » !!
  • Il y avait une « servitude gaz » sous l’ancienne voie sncf, interdisant (??) le passage des vélos.

Résultat: un parcours hostile caché par les arbres, couvert de hautes herbes et absent des dépliants touristiques. Ce fut un flop !! A quoi bon réaliser une promenade qui reste inutilisée…

Entre 1995 et 2008, élu à Calais, je réalise les trente-cinq km de voies aménagées et 300 points de stationnement vélo et j’entame une politique de sensibilisation (journée sans voiture, vélo-école, création d’une vélostation). On peut toujours dire que c’est peu, mais à Calais, on partait de rien.

Pendant ce temps, et malgré mes relances, la voie verte Calais-guînes reste au placard. Le Conseil Général avouera même alors que sa politique cyclable s’exerçait dans la région…du Touquet !
Elle n’est réapparue que récemment, favorisée sans doute par l’air du temps et aussi par le travail de la Région Nord-Pas-de Calais, qui s’était attelée dès les années 2000 à la réalisation des tracés des véloroutes européennes EV4 et EV5. Avec des financements européens à la clé.

Une potentielle « épine-dorsale vélo » Nord-Sud de l’agglomération

La véloroute Calais-Guînes pourrait en effet desservir un certain nombre d’équipements collectifs ou patrimoniaux (Citadelle, Mairie, Musée, Cité administrative, équipements coulonnois et guînois…) mais sa continuité vers le Port de Calais par les quais, qui serait possible en modifiant ici ou là la hiérarchie des voies circulées (Quai d’Amérique, quai de l’Hôpital, quais de Calais-Nord), n’a jamais été à l’ordre du jour, puisqu’il n’y a jamais eu d’intérêt des élus pour cette possibilité. Pas plus maintenant! On reste, quand il y en a, dans des aménagements cyclables de décoration, sans continuité ni cohérence, au gré de chaque projet d’architecte…

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J’ai toujours su que cette voie Coulogne-Guînes serait plébiscitée. Et dans le cadre de l’Eurovelo 5, on peut même améliorer les choses encore en prévoyant des animations en période estivale avec emplois saisonniers à la clé. Et une bonne communication, y compris en Angleterre et en Belgique…Les idées à creuser ne manquent pas. Il suffit principalement de savoir que les cyclistes existent et sont une clientèle.

Alors ? Manque de vision des élus à long terme? Sans aucun doute, puisque nous avons, avec nos multiples canaux, depuis très longtemps l’essentiel du potentiel sous les yeux, et que malgré des propositions sérieuses réitérées, il a fallu 20 ans pour réaliser cet itinéraire. Le Calaisis peut se hisser au niveau des villes de Flandre ou des Pays-Bas en terme de déplacements à vélo. Mais nous n’en sommes pas là!

Rappelons tout de même qu’en ce début 2016 :

  • Les municipalités de Guînes et Coulogne n’envisagent autour de cette voie verte que des petites animations touristiques ; et rien sur le plan des déplacements à vélo ; les sites des deux villes ne la mentionnent même pas!
  • Qu’il n’y a pas de plan de programmation cyclable pour l’agglomération ;
  • Que le plan « véloroutes » défini par la région avant 2008 pour Calais est en sommeil ;
  • Que les déplacements à vélo sont ignorés et de la communication et des offices de tourisme (pas de dépliants « vélo », pas de visites guidées, pas de conseils aux cyclistes, pas de plan de pistes et itinéraires à vélo (hormis le plan des fameuses « boucles » du CD62)

Vision avec retard surtout sur ce que sont les enjeux sociaux et environnementaux des déplacements et du tourisme au 21ème siècle.