Pont-du-Leu: liaisons avec le centre-ville, vie du quartier, circulation de transit. Quelles solutions ?

Réflexions sur un quartier

Le Pont-du-Leu est un quartier résidentiel de Calais, plutôt aéré, tranquille, où il fait bon vivre, en dehors des problèmes liées à la circulation, tous modes confondus. En effet, c’est un quartier enclavé, enserré par plusieurs voies importantes: l’autoroute A16 au Nord, qui le sépare fortement du centre de la ville, les voies SNCF au nord et à l’est, le canal de Saint-Omer à l’Est.

L’épine dorsale de ce quartier est le RD245, ici appelé Chemin des Régniers, voie fréquentée reliant Calais à Guînes. Cette départementale regroupe la plupart des services nécessaires à la vie quotidienne.

Un quartier résidentiel séparé de la ville

Cette situation d’enclavement a des avantages, comme la tranquillité de résidence, hors du CD245.

L’identité aussi : ce quartier pourrait être une bourgade d’environ 2500 habitants, si il n’était pas déjà à cheval sur deux communes: Calais et Coquelles.

Deux monuments l’identifient de loin : le château d’eau, et surtout l’église Sainte-Germaine (photo 1), qu’il semble toujours prévu de démolir pour des raisons financières, privant ainsi ce quartier de son phare, en quelque sorte ! Des habitants résistent !

Cet enclavement a aussi ses inconvénients, vécus au quotidien :

  • des liens physiques difficiles avec le centre-ville, lorsqu’on est piéton ou cycliste. Même si un passage sous l’A16 existe depuis longtemps, son abandon par les autorités l’a fait fuir par les habitant·e·s. Le sentiment d’insécurité routière induit pèse certainement sur les jeunes, à qui les parents ne laissent sans doute que peu d’autonomie de déplacement (pas ou peu de déplacement à pied ou à vélo vers la ville)
  • le RD245 se retrouve être le seul axe où se concentrent toutes les fonctions :
    • circulation motorisée (bus y compris), et stationnement
    • vie locale : école, commerces y sont implantés
  • l’absence de place centrale renforce l’identité de transit

L’importante circulation de transit apporte principalement des nuisances et de l’insécurité. Les vitesses pratiquées le long de cet axe ne sont pas acceptables en zone urbaine dense comme ici.

Aménager le RD 245 en privilégiant nettement la vie du quartier  et en améliorant les liaisons cycliste et piétonne avec la ville.

Qui peut le faire ? Ville ? Département ?

L’entretien d’une route départementale incombe au département. Le·la maire est chargé·e de la sûreté et de la commodité du passage sur ces voies. Il y a donc deux autorités différentes sur les voies départementales traversant une agglomération.

Les dépendances sont les ouvrages liés directement à la présence de la route et qui lui sont nécessaires. Ces dépendances sont présumées appartenir, sauf preuve contraire, aux propriétaires des voies. Les trottoirs en font partie, mais la justice, en cas de litige, apprécie au cas par cas la part respective de responsabilité des collectivités concernées.

A Calais, ce flou a souvent été entretenu. Alors que le passage des cyclistes et des piétons sous l’A16 a toujours été un problème, et bien que ces lieux soient facilement aménageables, la question de la responsabilité faisait l’objet d’une partie de ping-pong entre ville et CD62. De ce fait, rien n’y a jamais été fait.

S’il y avait convention entre les deux, les choses seraient donc plus claires. Mais y en a-t-il une ?

Que s’est-il fait jusqu’ici pour contenir la vitesse au Pont-du-Leu ?

Des mesures qui ne choisissent pas vraiment la sécurité des riverain·e·s, ni la vie du quartier.

Un terre-plein central peint : un espace inutile pris au milieu, qui favorise la vitesse, les automobilistes n’ayant pas à ralentir pour se croiser. De plus, l’existence de ce terre-plein condamne de fait le peu d’espace dévolu au cycliste sur la droite. Comme s’il n’existait pas. L’inverse de ce qui se fait ailleurs aujourd’hui (chaucidou, notre proposition)

De nombreux passages protégés, mais qui ne le sont pas ! Avec des voitures stationnées de chaque côté, bouchant la vue, comment espérer qu’un enfant traverse seul sans danger ?

Des radars pédagogiques aux entrées : insuffisant. Il suffit de 5 mn devant la maternelle pour mesurer l’accélération des véhicules sortant vers la rampe, à quelques mètres d’immeubles collectifs au pied desquels jouent des enfants.

Des feux ? Coûteux et peu efficace

Les feux ne visent que la circulation motorisée, c’est un aménagement « routier » ! Ils sont accidentogènes, comme le démontre le CEREMA ; ils sont source de nuisances pour les riverains (bruit au démarrage, pollution d’attente…); ils favorisent la vitesse  avec l’onde verte, ils sont très coûteux, et le plus souvent inefficaces, comme le montre cette étude de cas réalisée sur Calais, reprise dans le journal de la FUB, Vélocité: https://velobuscotedopale.wordpress.com/2018/05/18/les-feux-sont-ils-utiles-la-preuve-par-lexemple/

Le ratage, pourtant prévisible, du Pont-de-Coulogne servira-t-il d’exemple ? Alors que la tendance nationale est à l’apaisement des vitesses et à la suppression de feux urbains, à Calais, on en rajoute!

Des solutions? Il y en a

Agir sur la vitesse en partageant l’espace routier disponible entre les différents modes de déplacement:

1-la chaucidou, chaussée à voie centrale banalisée, ou encore CHAUssée pour CIrculations DOUces). Cette forme de marquage au sol, surmontable par les voitures, permet aussi d’installer la place des cyclistes dans le paysage. Par son effet visuel, la chaucidou a pour effet d’abaisser les vitesses

Chaucidou à Balinghem

2- la mise en zone 30, comme on l’a fait pour les boulevards en centre-ville. Avec ou sans passages surélevés (Kergomard), et diminution à terme de la zone circulée (notamment celle du carrefour Kergomard, bien trop vaste, ce qui serait un signe pour ralentir, . De nombreuses départementales sont aménagées ainsi. Rappelons que la liste des 250 villes qui ont choisi de passer tout ou partie de leur territoire à 30 kmh ne cesse de s’allonger. Calais compte-t-elle en faire partie?

L’objectif est de parvenir par des aménagements spécifiques, à une cohabitation des modes de déplacement dans la traversée du quartier, seule à même de faire baisser la vitesse, voire à décourager une partie de la circulation de transit. D’autres itinéraires existent. Les aménageurs doivent apprendre à ne plus voir que la seule circulation motorisée.

Des objections ?

On nous objectera peut-être, au département ou à la ville, que, vu le trafic motorisé important dans cette rue, ces aménagements ne sont pas possibles (???). Ce qui reviendrait à tenir le raisonnement suivant :

Plus il y a de trafic, plus il y a de danger pour les habitants…et moins on peut aménager pour réduire ce danger ! Où est la logique ? Le bénéfice ?

Et dans ce cas, pourquoi le département installe-t-il des chaucidous:

  • dans les traversées de Licques, Balinghem ou Nortkerque ?
  • Dans la traversée urbaine de Saint-Omer, sur une départementale aussi fréquentée que le Chemin des Régniers (D928, Bd de Strasbourg)?
Saint-Omer: chaucidou Bd de Strasbourg, RD928

Créer une centralité de quartier

Au lieu d’un nième parking, le terrain de l’ancienne station service aurait pu devenir une place traversante arborée et animée dans ce quartier qui n’en a pas. Ou même un simple espace vert (après dépollution du sol). Un lieu où toutes générations peuvent se retrouver. Du stationnement en épi pouvait être valorisé rue de Laubanie (Coquelles).

L’association Partageons la rue – Calais (PLRC) a fait par écrit ces propositions pour le quartier depuis 2017.

Sans même une réponse. PLRC est aussi sur facebook

Et pour se rendre en centre-ville à pied ou à vélo ?

Il faut aménager, réhabiliter le passage souterrain (éclairage, déco (par des assos ?), nettoyage régulier). De nombreuses villes le font sans le moindre problème d’utilisation.

Notons que ce passage, que les usager·e·s cyclistes ont considéré en 2017 et 2019 comme un « point noir » de l’agglomération, n’est même pas cité dans le nouveau plan vélo de la ville… https://www.calais.fr/fr/Ville-de-Calais/la-mairie/vie-municipale/rapports/communiques/60a3a74c72e7e53819c91c8b/plan-velo-calais

Aménager les 2 trottoirs du RD245 bordurés en partage piétons-cyclistes.

Le plus gros est fait. Quelques bordures à abaisser, quelques itinéraires à marquer, quelques logos au sol suffiront dans un premier temps.

D’autres secteurs du quartier (qui ne sont pas des départementales) appellent aussi des aménagements :

La traversée piétonne voie SNCF Montréal / Route de Coulogne : un passage souterrain ?

La route de Coulogne : trottoirs sacrifiés, vitesse amplifiée.

La rue de Puebla : vitesse excessive

Des simulations pour visualiser

1- Passage souterrain

2- Au pied de la rampe

3-Pauline Kergomard

4-Chemin des Régniers

5- Angle Montréal

6- Virage

Journées du Patrimoine 2020: vélo-châteaux en Flandre française

Le château d’Esquelbecq – photo VBCO

Je souhaitais depuis longtemps visiter le château d’Esquelbecq, dans le Westhoek, arrière-pays dunkerquois, dont je ne suis éloigné que de quelques kilomètres. Malgré les incertitudes qui planaient sur les visites suite au premier confinement, j’ai pu profiter de ces journées du Patrimoine, pour réaliser ce petit parcours en train (85km aller) + vélo (42km), avec un détour par deux autres belles demeures du secteur, les châteaux de La Briarde à West-cappel, et de Steenbourg à Steene.

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Calais: des arceaux à vélos contre les migrants

La mairie de Calais vient de faire poser des arceaux-vélos sous ce pont pour empêcher les exilé.e.s de s’y mettre à l’abri – Photo VBCO

Actualisation en fin d’article (26/01/2021)

Le contexte

Avec le démantèlement de la « Jungle » de Calais, à l’automne 2016, d’où dix mille personnes exilées avaient été chassées, l’afflux de personnes exilées ne s’est pas résorbé. On a réédité la destruction (2002) du centre d’accueil de Sangatte, avec les mêmes conséquences : la présence moins médiatisée d’une population exilée, sans encadrement, en attente de passer vers un avenir meilleur au Royaume-Uni. Elle est toujours là, Brexit ou pas, covid ou pas, éparpillée sur le territoire. Entre 500 et 1000 personnes en permanence, errant dans une précarité absolue entretenue de concert entre l’État représenté par ses forces de l’ordre et l’actuelle municipalité calaisienne. Seules les associations présentes (liste ici) atténuent par leur aide cette situation, malgré les nombreux obstacles qu’on dresse devant elles (arrêtés d’interdiction, entraves à la distribution de repas, amendes etc…)

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Petite véloroute des Watergangs

Une partie du « Pays Reconquis » – Dessin VBCO (C. Louchez)

De Calais à Ardres et Guemps par les watergangs : une balade instructive de 33 kms

Où qu’on soit, on peut se faire sa petite véloroute. Dans le Calaisis, les nombreuses petites routes sont aussi des digues, bordant les centaines de kilomètres de watergangs (chemins d’eau). Même si ici, contrairement à la Belgique et aux Pays-Bas tout proches, on se préoccupe peu du vélo, ces routes peu fréquentées constituent naturellement un réseau de potentielles balades à vélo. Je les parcours depuis longtemps et cet été j’en ai fixé quelques kilomètres pour les partager.

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Abbeville: à quand le lien entre patrimoine et vélo?

Centre d’Abbeville – photo VBCO

Arrivant par la véloroute Vallée de la Somme depuis Saint-Valery, bien aménagée, on s’attend à ce que la traversée d’Abbeville affiche la même place au vélo. On est déçu. Alors que jusque là le jalonnement était efficace, c’est au passage du « pont chinois », à l’approche de la ville, que tout se complique. A partir de là, deux directions possibles, mais rien ne vous renseigne :

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